Chantal Levesque La modernisation du secteur industriel est un enjeu de taille dans l'est de Montréal.

Au-delà de la joute partisane, les candidats qui tentent de séduire les électeurs de l’est de Montréal qui se rendront aux urnes le 1er octobre prochain admettent volontiers que le territoire jouit d’un potentiel qui n’est pas exploité à sa pleine hauteur. Son développement économique s’impose comme un enjeu clé de la campagne électorale provinciale.

Renouveau démographique, modernisation de ses secteurs industriels : l’est de Montréal est à l’aube d’un nouvel essor, selon plusieurs acteurs influents du domaine économique. Les défis restent toutefois nombreux.

«Dans l’Est, quand on parle d’économie, systématiquement, on commence en parlant de transport », affirme d’emblée Christine Fréchette, présidente-directrice générale de la Chambre de commerce de l’est de Montréal (CCEM).

En période de pénurie de main-d’œuvre, la plus grande préoccupation des entreprises lorsqu’elles désirent s’implanter est d’avoir accès à une main-d’œuvre qualifiée. Le manque de transport en commun limite le bassin de personnes intéressées à aller dans l’entreprise, et rend  la rétention plus difficile, « une problématique particulièrement importante auprès de la jeune génération, qui accorde moins d’importance à la possession d’une voiture », précise-t-elle.

Maintien du prolongement de la ligne bleue, déploiement dans l’Est d’une part importante des 300 nouveaux autobus prévus par la Société de Transport de Montréal, retour de la navette fluviale : les demandes à court terme sont nombreuses.

« À d’autres niveaux, le transport peut ici être un avantage concurrentiel, ajoute Annie Bourgoin, directrice générale de PME MTL Est-de-l’île. Peu de territoires ont accès à la fois aux voies ferroviaires et portuaires, ainsi qu’aux grands axes autoroutiers. »

Mme Bourgoin souligne le grand potentiel de l’est de Montréal, où se situe 41% de la superficie à développer de l’agglomération, mais estime que d’importants investissements en matière d’infrastructures seront nécessaires pour rendre ces terrains attrayants.

« Quand il n’y a pas de service d’eau, pas de routes, pas de traitement des eaux fluviales, pour le promoteur, c’est une pente à monter importante. » Elle appelle les décideurs publics à rapidement concrétiser les projets planifiés au cours des années.

La décontamination, un passage obligé

Cette superficie à développer est toutefois en grande partie contaminée. Anciennes raffineries, anciennes carrières remblayées par des remblais de toutes natures; Montréal compte 20% de tous les terrains contaminés de la province.

Selon la Ville de Montréal, dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles seulement, environ 219 000 mètres carrés sont à décontaminer. La Ville de Montréal-Est en compte de son côté un peu plus de 1,8 million.

« Un des éléments qui bloquent la décontamination, c’est qu’on demande que la décontamination soit associée à un projet économique, explique  Christine Fréchette. Mais si la décontamination prend 3-4 ans de travail, le promoteur n’attendra pas. »

La PDG de la CCEM estime qu’il faudrait décontaminer des terrains du simple fait qu’ils soient stratégiques et que leurs emplacements font en sorte qu’ils devraient être convoités. « Présentement, les promoteurs vont davantage vers les couronnes.  La lutte à l’étalement urbain passe notamment par la densification de l’est de l’île. »

En mars 2018, le gouvernement du Québec a annoncé une somme de 75M$ supplémentaires sur quatre ans à la Ville de Montréal pour décontaminer ses terrains, une somme qui sera gérée par la Ville.

Un plafond de 1M$ pouvait alors être associé à un terrain. La CCEM souhaite qu’il n’y ait pas de plafond, ou du moins un plafond plus élevé, de manière à ce que des terrains de taille importante puissent être décontaminés à parti de ce fond.

Christine Fréchette s’attend aussi  à ce que Québec renfloue le fonds une fois le 75 M$ écoulé. « Parce qu’on est très loin du compte, on parle de plusieurs centaines de millions dans Montréal, dont une grande partie dans l’Est. »

Pointe-aux-Trembles est par ailleurs le lieu du plus grand projet de phytoremédiation au Canada. Trois hectares de terrains y sont réhabilités grâce à des saules. Les matières sont alors dégradées par les bactéries et les champignons près des racines, et les métaux lourds se retrouvent dans les tiges et les feuilles de l’arbre. L’initiative, lancée en 2016, donne déjà des résultats encourageants.

Un secteur industriel en pleine redéfinition             
Outre la décontamination des sols, la dynamisation des activités économiques de l’est de Montréal passe par le renforcement de l’écologie industrielle, selon l’Association industrielle de l’Est de Montréal (AIEM). La vision s’appuie notamment sur les résultats d’une étude réalisée par l’École Polytechnique de Montréal en 2013-2014 pour le compte de l’AEIM, qui avait évalué plus d’une soixantaine de nouvelles technologies, et étudié comment ces technologies pouvaient s’intégrer dans le tissu industriel de l’est de Montréal.

« L’est de Montréal souffre d’une perception qui demeure négative, et il faut changer ce constat, lance Dimitri Tsinkagis, directeur général de l’AIEM. Nous avons pris un virage il y a quelques années pour se tourner vers l’avenir. »

L’ingénieur de formation se dit convaincu que l’est peut être un pôle d’excellence en économie circulaire, avec la valorisation des flux de matières résiduelles.

« On a déjà des acteurs qui sont dans ce secteur, affirme-t-il, et l’on voit de plus en plus de nouveaux joueurs qui viennent s’installer ici. Le projet de Synergie Montréal en est un exemple concret. »

Synergie Montréal est porté par PME MTL Est-de-l’île, et sa directrice Annie Bourgoin. « L’idée de l’économie circulaire, c’est d’analyser les extrants d’une entreprise et d’essayer de chercher localement une entreprise voisine qui peut les utiliser comme intrants »

Elle cite en exemple l’entreprise  Courchesne Larose, basée à Anjou, un réseau de distribution de fruits et légumes, qui faisait le constat que des tonnes de produits partaient à l’enfouissement.  Une équipe d’entrepreneurs a alors fondé Jus Loop, qui récupère ses légumes et en fait des jus pressés à froid, avant de redonner la pulpe résiduelle à une entreprise de croquettes pour chien.

Synergie Montréal a eu d’importants impacts environnementaux : selon le dernier bilan annuel publié en décembre dernier, 1283 tonnes de matières furent détournées de l’enfouissement, l’équivalent 163 camions d’ordures, chez les 53 entreprises participant au projet pilote.

« On a aussi comptabilisé 125 000$ d’économie annuelle, se réjouit, Mme Bourgoin, en plus d’emmener des entreprises vers davantage d’innovation. Le pôle émerge, nous sommes à la naissance d’un élan nouveau. »

Les plus petites entreprises de proximité auront également besoin de diversification et d’aide, estime de son côté Joanne Paiement, porte-parole de l’Association des commerçants de professionnels du Vieux Pointe-aux-Trembles (ACPVPAT).

« Il y a un essoufflement au niveau des marchands, et c’est dur quand la corbeille qu’on a à offrir est vide : manque de transport en commun, locaux vides non attrayants, une rue Notre-Dame en mauvais état » se désole-t-elle.

Bien qu’elle dise sentir un nouvel essor économique, la porte-parole estime que le sentiment est moins répandu chez ses collègues.

« Pourtant, le Vieux-Pointe-aux-Trembles est magnifique, il y a un grand potentiel à réaliser ». Elle en tient pour témoin le grand nombre de clients supplémentaires qui ont visité les marchands du quartier lors du projet de navette fluviale.

« Pourquoi la navette n’est-elle pas déjà en service? C’est la clé pour notre essor, pour aller chercher des gens de l’extérieur et leur faire découvrir notre plage, notre Place du Village. »

L’aube d’un élan nouveau, mais encore de grands défis à relever.

 

L’économie en campagne électorale

L’Avenir de l’Est vous propose un survol non exhaustif des engagements liés à l’économie et le transport dans l’Est de Montréal qui figurent sur les différentes plates-formes électorales.

Québec Solidaire

– Aménager un tram-train entre le centre-ville et Pointe-aux-Trembles
– Prolonger la ligne bleue
– Construire la ligne rose
– Rendre permanente la navette fluviale entre Pointe-aux-Trembles et le centre-Ville, et créer de nouvelles lignes de transport fluvial, qui seraient intégrées au réseau public

 

Coalition Avenir Québec

– Créer un fonds de 200 millions réservé à la décontamination des sols pour l’est de Montréal
– Revitaliser la rue Notre-Dame pour en faire un boulevard urbain
– Aménager un tramway qui relierait la pointe de l’île au centre-ville de Montréal, et la station de métro Radisson au Collège Marie-Victorin
-Garantir le prolongement de la ligne bleue
-Développer de secteurs technologiques de pointe grâce à la création de zones d’innovation

 

Parti libéral du Québec

– Prolonger la ligne bleue;
-Mettre en place une ligne de transport rapide entre Repentigny et le centre-ville
-Poursuivre les travaux pour le SRB Pie IX
-Appuyer la ligne rose

 

Parti québécois

– Créer une société de développement dédiée à l’est de Montréal avec un fonds d’initiative et faire de l’Est un lieu d’innovation;
– Mettre en service un tramway qui relie la pointe de l’ile au réseau du métro Radisson puis au métro Anjou et augmenter la capacité et la fréquence du train de l’est;
-Finaliser l’étude de faisabilité pour la navette fluviale;
-Garantir le prolongement de la ligne bleue
– Mettre en œuvre le projet de modernisation de la rue Notre-Dame pour en faire un boulevard urbain;
– Miser sur la décontamination des sols pour la construction de nouveaux logements sociaux et favoriser la rénovation dans les secteurs résidentiels existants.

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