Romain Schué / TC Média Aujourd'hui complètement sobre, José Savard a été accro à la drogue durant près de trente ans.

Témoignage. Accro à la cocaïne puis au crack durant près de trente ans, il avait tout perdu. Fortune, appartement, famille, travail. De ses déboires en Abitibi au «miracle» montréalais, tel qu’il le définit, José Savard raconte son incroyable parcours.

Le visage marqué, les mains tremblantes, il hésite, se moque parfois de lui-même, rigole, puis pleure. «Pour la première fois depuis mon adolescence, je vais retrouver ma famille à Noël», avoue-t-il, la voix pleine de sanglots. Une journée inimaginable il y a encore quelques mois et le début d’une rédemption entamée dans une église de l’arrondissement Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles.

Âgé de 45 ans, José Savard reprend petit à petit le fil d’une vie qui a commencé à dévier trente ans plus tôt. Un jour anodin, comme connaissent beaucoup de jeunes. «J’avais 16 ans, l’envie de triper, d’avoir du fun et j’ai tiré une latte d’un joint», explique-t-il, sans fioritures. Le début d’une dépendance qui le conduira à la ruine et aux mensonges. Un engrenage infernal.

«J’avais plus besoin de la drogue que de mes amis»
Né en Abitibi au sein d’une fratrie de cinq enfants, José Savard va rapidement déraper. Un an après avoir testé le cannabis, le jeune homme monte d’un cran. Place à la «coke» pour ce futur diplômé en électromécanique. «Pour un drogué, je m’en suis pas trop mal sorti», balance-t-il sur le ton de l’humour, cherchant l’approbation du regard.

Reconverti dans le commerce en alimentation, José Savard mène une double-vie. Belle et efficace le jour, un costume sur les épaules et près de 12 à 13 000 $ par mois dans les poches, terrible le soleil couché, la faute à une nouvelle addiction, dès 33 ans. Le crack et des doses quotidiennes se chiffrant parfois à 1 500 $.

«Au réveil, un joint m’attendait sur le coin de ma table de nuit. A jeun, je ne me sentais pas bien dans ma peau, j’avais besoin d’être gelé. Je consommais toute la nuit. Après dix années de consommation, je me suis retrouvé seul. Volontairement. Je ne voulais pas partager. J’avais plus besoin de la drogue que de mes amis. La drogue était le centre de ma vie…», reconnaît-il, avec remords.

«J’étais en prison dans mon corps»
«Plusieurs fois, j’ai eu peur de mourir. Je me réveillais parfois le matin dans des endroits inconnus, oubliant totalement ma soirée. La drogue me contrôlait, j’étais en prison dans mon corps.»

Viennent ensuite les mensonges. Les prêts non remboursés auprès de la famille et des proches. «Je racontais que j’avais des dettes dangereuses, que j’allais me faire battre. J’ai manipulé tous ceux que j’aimais pour récupérer quelques centaines de dollars. Je vendais même mes propres meubles dans la rue.»

Ruiné, au chômage et installé dans un 2 ½ en Abitibi qu’il n’arrive plus à financer, l’ex-homme d’affaires lance des appels à l’aide. Tente, vainement, plusieurs cures de désintoxication avant de replonger et d’imaginer des tentatives de suicide. «Mais je croyais en Dieu, j’avais peur d’arriver devant lui en me suicidant et qu’il me refuse. D’une certaine façon, il m’a sauvé et protégé.»

Une église de Pointe-aux-Trembles l’accueille et le sauve
Les yeux rougis, José Savard jure n’avoir plus touché à la drogue depuis le 28 juin 2014, veille de son arrivée chez une amie résidant dans l’est de Montréal. Son but ? «Me sauver de l’Abitibi». Un départ qui tournera court, la faute à des problèmes comportementaux et d’hyperactivités.

Un simple sac sur le dos, il rejoint le centre-ville et un centre pour itinérants, la peur au ventre. «J’avais caché mes lunettes dans mes souliers, je les serrais contre moi pour dormir».

Le lendemain, un dimanche matin aux aurores, José Savard interpelle une voiture de police. «Je voulais prier, me réfugier dans une église. Par chance, ils ont accepté, ont cherché une église baptiste, ma croyance, sur leur GPS, puis m’ont amené par le plus grand des hasards à Pointe-aux-Trembles. C’est un signe», jure-t-il, levant les yeux au ciel.

Recueilli par des membres du Centre d’aide et développement aux familles de l’est de Montréal (CADFEM) présents ce jour-là devant l’église, il trouve aussitôt soutien, vêtements et un lit pour plusieurs semaines. Et après plusieurs mois de réadaptation à la vie quotidienne, place à un emploi de commerçant en porte-à-porte dans le domaine des aliments surgelés.

«Réussir à me libérer de cette addiction, c’est un miracle, estime-t-il en pleurs. J’ai une belle vie sociale, des amis, un travail, des finances en ordre, des projets. Je suis un homme heureux. Tout ça, parce que j’ai mis un jour les pieds, avec des policiers, dans cette église.»

Le temps de sécher ses larmes, José Savard demande l’heure. Son inquiétude ? Reprendre au plus vite son travail quotidien. Sa nouvelle addiction.

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