(Photo: Simon Bousquet) Sur le blogue L'autre côté de la clôture, un ex-détenu raconte la vie en prison et à l'extérieur.
Les émeutes, la cohabitation, les gardiens et le suicide : un ex-détenu raconte la vie de l’autre côté des murs de la prison de Rivière-des-Prairies dans un blogue qu’il a récemment rendu public afin de « sensibiliser les gens à ce qui se passe à l’intérieur de la prison ».

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Sur son blogue illustré par des photos du centre de détention, celui que l’on nommera Alain pour préserver son anonymat raconte en détail la vie à la prison depuis ce dimanche de 2007 où il y a été conduit dans « l’aile des Hells Angels » et qu’il y a fait la rencontre de ses 44 codétenus. Parmi eux se trouvaient quelques meurtriers.

« La première fois que je me suis assis à la cafétéria, je ne disais rien, explique l’homme qui n’avait jamais côtoyé de criminels avant. Au début, tu marches sur des œufs. Tu ne veux pas dire de niaiseries, parce que ces gars-là n’ont rien à perdre. Ils sont déjà dans une prison à sécurité maximale. »

Ce père de famille, qui a retrouvé sa liberté l’été dernier après six ans passés à l’ombre, a fait son temps dans plusieurs prisons du Canada et des États-Unis. Il a séjourné plus d’un an au Centre de détention de Rivière-des-Prairies.

Aider les autres

À sa récente sortie de prison, il s’est mis à la rédaction d’un blogue racontant sa vie pendant et après la prison. En décembre, il l’a rendu public pour aider les détenus et leurs familles. Peu de temps après, il a d’ailleurs reçu un témoignage qui l’a particulièrement ému.

« Une dame dont le fils atteint d’une maladie mentale est en maison de correction m’a écrit pour me dire que j’avais mis des mots sur ce que son fils n’était pas capable de lui exprimer. Ça m’a beaucoup touché », raconte Alain.

Alain voudrait aider davantage ses anciens compagnons de prison. Il aimerait créer un organisme pour soutenir principalement les détenus qui n’ont pas de famille. L’ex-détenu explique que ceux-ci manquent cruellement de compagnie, mais aussi d’objets provenant de l’extérieur des murs. Ces objets peuvent seulement être emportés par des membres de la famille, une fois par saison.

« Pour certains détenus qui sont seuls, ça fait toujours un bien extraordinaire de recevoir une lettre. Ça serait bien que des gens de l’extérieur fassent un petit quelque chose pour rendre quelqu’un en prison heureux », soutient Alain. Il songe également à écrire un livre, croyant qu’il pourrait être utile aux prisonniers et à ceux qui sont libérés.

Extraits de L’autre côté de la clôture

«Lorsque je suis arrivé en prison à Rivières-des-Prairies j’ai eu un choc. Premièrement j’ai rencontré beaucoup de gens ayant une ethnie et une culture différente de la mienne. Ça, c’était le côté intéressant. Par contre j’ai aussi rencontré beaucoup de misère. Ce n’est pas tout le monde qui avait bénéficié des mêmes privilèges que moi.»

«Pour la première fois dans ma vie, j’ai pensé à mettre fin à ma vie. J’imaginais des scénarios pour le faire. C’était une période sombre de ma vie. J’ai même appelé mes enfants pour leur faire mes adieux.»

«Docteur, vous me dites que si je suis déprimé au point de penser à m’enlever la vie, vous aller m’enfermer dans une cellule 24 heures par jour, sans vêtements, sans couverture, sans toilette et la lumière toujours allumée? J’ai comme un genre d’impression que vous essayez de me redonner la joie de vivre.»

«Ma fille m’avait invité à aller souper chez elle. C’était la première fois que je voyais mes enfants et mon ex depuis plus de six ans. C’était la première fois que je rencontrais l’amoureux de ma fille et celui de mon ex. Ça a été une soirée très difficile pour moi. Presque une semaine plus tard, j’ai encore les larmes aux yeux quand j’y pense.»

«Ça me fait peur de terminer ma vie ainsi. C’est signe qu’il faut que je change quelque chose car c’est maintenant qu’il faut que je sois heureux. Il faut arrêter d’attendre qu’une telle chose ou une autre arrive. Plus facile à dire qu’à faire.»

«Il y a sept mois que je suis sorti de prison et je ne sais toujours pas ce que ça fait de se faire toucher la main et encore moins de se faire embrasser.»

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