(Photo: Simon Bousquet) Une grosse colonie de renouée japonaise géante menace le monument de la coulée Grou.
Une plante sournoise gagne du terrain dans l’est de Montréal. La renouée pourrait éventuellement bloquer l’accès aux berges et causer de sérieux problèmes aux résidents du secteur, selon les experts.

Aussi connue sous le nom de fallopia, cette plante fait partie des douze espèces les plus préoccupantes pour le ministère de l’Environnement. Introduite au Canada en 1901 pour ses propriétés ornementales, on la retrouve principalement sur les côtes est et ouest du pays.

Avec le phragmite qui pousse aussi dans les milieux humides, la renouée serait la plante envahissante la plus présente dans l’est de Montréal, selon Valérie Aubin. La biologiste de la Zip Jacques-Cartier a été chargée par le ministère d’étudier et de trouver une façon de l’éradiquer.

Au cours des deux dernières années, la chercheuse a observé une augmentation de la présence de la renouée dans l’est de Montréal.

« Dans la plupart des milieux où elle se trouve, elle prend de l’ampleur. C’est alarmant! », s’inquiète Mme Aubin. La renouée est très présente sur les terrains privés, mais également dans les parcs. Il y en a beaucoup au bord des rives. Nous avons essayé de mettre notre inventaire à jour, mais c’est difficile. Il y en a certainement plus qu’on n’a pas vus sur les terrains privés. »

Une plante monstrueuse

Cette plante à croissance rapide se retrouve déjà à plusieurs endroits à Rivière-des-Prairies. Elle est présente dans sa variété géante au parc de la Coulée-Grou où elle s’étend du bord de l’eau jusqu’au-delà du boulevard Gouin.

La renouée japonaise a également été repérée près du pont de l’A-25 ainsi que sur des terrains résidentiels, notamment au faubourg aux Prairies et à l’extrémité est de la rue Sherbrooke.

Elle a aussi été observée à Pointe-aux-Trembles et Mercier.

Près de Montréal, dans la région de Lanaudière, la renouée a même déjà bloqué l’accès au fleuve sur plusieurs berges.

« Il y a un exemple concret à Saint-Sulpice. Les citoyens ne peuvent plus voir l’eau parce que les plantes font jusqu’à 4,3 mètres. Ils n’ont même plus accès au fleuve parce qu’on ne peut pas marcher entre les tiges. Quand nous allons étudier cette grosse colonie, nous devons nous frayer un passage avec des sécateurs », assure Mme Aubin.

C’est en Angleterre que cette plante cause le plus de problèmes. Elle y est d’ailleurs considérée comme la plante la plus nuisible du pays.

Mme Aubin raconte que c’est là qu’elle a vu le cas le plus impressionnant : une maison a dû être abandonnée après que la plante ait créé une forêt infranchissable de plusieurs mètres.

Dans son pays d’origine, la renouée est considérée comme une plante pionnière qui pousse à proximité des volcans, là où les conditions de sol sont extrêmes. Elle peut régner pendant un demi-siècle avant d’être remplacée par d’autres plantes. Pas étonnant que lorsqu’elle s’implante dans les terres fertiles de la vallée du Saint-Laurent, rien ne semble l’arrêter.

« Elle est très rigide lorsqu’elle pousse. Elle peut percer l’asphalte, les toiles de piscine et faire des dommages aux infrastructures », explique Mme Aubin.

La présence de renouée peut d’ailleurs rendre la vente d’une maison difficile poursuit-elle.

La plante n’a pas que des effets néfastes pour les humains, elle favorise également l’érosion des berges et appauvrit la biodiversité.

« Dans ses racines, il y a des toxines qui sont sécrétées et qui causent une nécrose des racines des autres plantes », explique Mme Aubin qui a aussi observé une diminution du nombre d’insectes dans les colonies de renouée.

La renouée en chiffres

3 à 5 cm de croissance par jour

2 à 3 mètres : elle enfonce ses racines profondément dans le sol

10 ans : elle peut entrer en dormance pendant plusieurs années avant de resurgir

0,7 g de racine ou 6 à 8 g de tige est suffisant pour faire naître une nouvelle colonie

2600 graines produites par individu

70 heures est la durée que peut voler une graine de renouée

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