Catherine Paquette / TC Media La boutique Séduction sur le boulevard Métropolitain

Le propriétaire de la boutique érotique Séduction n’a pas dit son dernier mot. Forcé par la Cour supérieure de fermer ses portes à 21h en semaine, il envisage de modifier son offre de produits afin de profiter des exceptions normalement réservées aux pharmacies ou aux clubs vidéo.

Après des années de litige, le 10 juillet, la Cour supérieure a statué que les boutiques Séduction et Romance de Montréal et Laval se devaient de fermer à 21h en semaine et 17h le samedi et dimanche, comme c’est le cas pour la plupart des commerces de détail.

Or, la clientèle de la boutique Séduction, située sur le boulevard Métropolitain à Saint-Léonard, est en grande partie composée d’oiseaux de nuit: 25% de son chiffre d’affaires était généré par des achats en soirée. Depuis 1992, la boutique ne fermait ses portes qu’à minuit le jeudi, vendredi et samedi. Amendes après amendes, le propriétaire contestait les pénalités, jusqu’à l’intervention de la Cour.

Contourner les règles
La principale solution qui s’offre à M. Perron serait d’offrir davantage de produits de santé. La Loi sur les heures et les jours d’admission dans les établissements commerciaux stipule que certains commerces peuvent admettre le public hors des périodes légales lorsqu’il n’offre principalement et en tout temps des produits pharmaceutiques, hygiéniques ou sanitaires.

«On regarde à modifier la structure interne même du magasin. Il y aurait des façons de s’adapter.» Dans les prochaines semaines, le propriétaire rencontrera ses avocats afin d’étudier les possibilités.

Pour remplir la condition «principalement et en tout temps», l’espace total des produits de type «hygiéniques ou sanitaires» vendus par la boutique Séduction devraient dépasser 50% de l’espace total occupé par tous les produits en vente. De plus, la modification se doit d’être permanente.

Les déshabillés, jeux de société coquins et autres godemichés pourraient se retrouver en bien plus petite quantité sur les tablettes.

Selon Claude Perron, seule la restructuration de son commerce situé sur la voie de service de l’autoroute 40 sera probablement envisagée. Pour les boutiques de Laval, «les profits pourraient ne pas valoir la peine», estime-t-il.

La vente en ligne ne viendra pas non plus sauver son commerce. «On mise ici sur l’approche et le service au consommateur. Les employés suivent des formations avant de travailler sur le plancher», fait-il savoir.

L’autre mesure évoquée par M. Perron serait la transformation de la boutique en club vidéo. «Il faudrait qu’on agrandisse la section vidéo, garder quelques articles [érotiques] et puis voilà, ça devrait être correct.»

Démêlés avec la Justice
Pour espérer obtenir gain de cause et offrir une plus grande plage d’ouverture à ses clients, Claude Perron et ses avocats ont déjà misé sur l’article de la loi qui concerne la vente de produits de santé, sans succès.

Selon le jugement la Cour admet que les lubrifiants et préservatifs sont hygiéniques et sanitaires, «mais cela ne représente pas plus que 10 % à 15 % des Produits érotiques vendus par les Défenderesses dans les Boutiques, soit une portion loin d’être importante.»

D’ailleurs, la boutique Séduction n’aurait «jamais donné suite à la lettre du 17 décembre 2009 que la  »Direction du commerce et de la construction du Ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation » adressait à ses procureurs, les invitant à «nous convaincre que la Boutique Séduction peut bénéficier d’une des exemptions prévues» par la LHJA», peut-on lire dans le jugement.

Batailles de commerçants
Aux yeux du professeur au département de marketing du HEC, Jacques Nantel, tout cela n’est pas un «grand enjeu de société» mais plutôt «des petites batailles de commerçants.»

Il constate toutefois qu’un débat s’articule autour de cette question.

«Ce à quoi on fait face en ce moment c’est toute la pertinence d’avoir une réglementation sur les heures d’ouverture», affirme-t-il.

D’ailleurs, au mois de mai, la rue Sainte-Catherine Ouest, le Quartier des spectacles, le Quartier latin et le Village ont été désignés comme étant une zone touristique, permettant aux commerces de détail d’ouvrir leurs portes 24h sur 24.

M. Nantel rappelle toutefois le principe de concurrence à l’origine de la loi. L’autorisation d’ouvrir les boutiques 24 heures sur 24, par exemple, ne créera pas plus de demande et ne favorisera pas les plus petits commerces.

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