TC Media Catherine Paquette Najla et Feriel (à gauche) en compagnie des femmes-relais du Carrefour des femmes de Saint-Léonard, rencontrées par TC Media

L’intégration des nouveaux arrivants au marché du travail a été désigné enjeu prioritaire par les résidents et organismes communautaires lors du Forum de développement social le mois dernier. À Saint-Léonard, secteur où plus de la moitié de la population n’est pas née au pays, la route vers un emploi est parfois longue et ardue.

Feriel Benamara est arrivée au Canada en 2006. Instruite et francophone, elle croyait pouvoir y démarrer sa carrière. Pourtant, 10 ans plus tard, elle est toujours sans emploi.

«Je suis coincée parce que je n’ai pas d’expérience ici et mon baccalauréat date de 2004», constate la femme d’origine algérienne. 

Rencontrée par TC Media au Carrefour des femmes, un organisme qui favorise l’engagement et la solidarité des femmes, elle raconte son histoire. En Algérie, alors en voie de terminer son magistaire, l’équivalent de la maîtrise, Mme Benamara travaillait comme enseignante à l’université. Pour rejoindre son mari, elle quitte son pays natal et s’installe à Saint-Léonard. Arrivée ici, elle choisit de poursuivre ses études et de terminer sa maîtrise après avoir accouché de son premier enfant.

Contre toute attente, son diplôme d’études supérieures lui a valu quelques refus. Elle se dit maintenant surqualifiée pour un poste de technicienne.

«Je suis obligée de laisser ma maîtrise pour avoir les références de mes stages mais on me dit que les personnes avec maîtrises ne peuvent pas appliquer pour les postes de technicien.»

En une année, elle a envoyé une trentaine de curriculum vitae, à des entreprises privées et dans la fonction publique. La diplômée en sciences de l’environnement refuse de changer de branche, comme plusieurs le font devant l’impossibilité de poursuivre leurs ambitions professionnelles. 

Elle communique toujours à l’occasion avec une intervenante d’Horizon Carrière, qui l’a suivie pendant près de trois mois pour peaufiner son dossier et l’aider dans sa recherche d’emploi.

«Chaque fois que je vois un poste en environnement j’applique, assure-t-elle, confiante de travailler un jour dans le milieu qui la passionne. Je ne m’autorise pas à penser que c’est à cause de mon nom. Je pense que c’est plus à cause du manque d’expérience. Je ne m’autorise pas à abandonner.»

Partir de zéro
Mme Benamara n’est pas seule. Entre 2006 et 2011, 8000 nouveaux arrivants se sont établis à Saint-Léonard. Impossible d’affirmer combien de ce nombre sont sans emploi, mais à l’échelle montréalaise, 11,3 % des immigrants sont au chômage, contre 8,2 % pour la population générale, selon les données fournies par le ministère du Travail, de l’Emploi et de la Solidarité sociale. 

Pourtant, la province a bien besoin de cette main d’œuvre venue d’ailleurs. Selon les prévisions d’Emploi-Québec, les personnes immigrantes combleront 18 % des 1,4 million de postes à pourvoir au Québec d’ici 2022.

Ce n’est pas pour sa carrière que Najla Salemzay s’est installée à Saint-Léonard il y a six ans, mais plutôt pour fuir la guerre en Afghanistan. Tout de même, cette diplômée en management espérait se dénicher un poste dans une banque, son emploi de rêve. Elle a dû y renoncer.

«Quand je suis arrivée ici, je n’avais rien. Je n’avais pas mes papiers d’études parce qu’on est parti pendant la guerre. Je voulais refaire une formation que j’avais faite chez nous, mais j’ai changé d’avis parce que ça prenait plus de temps. J’ai décidé de changer de profession et je me suis forcée pour apprendre le français», raconte-t-elle.

Mme Salemzay entamera au mois de novembre une formation d’un an pour devenir technicienne en pharmacie.

«Ça aurait été trop long de recommencer en management. C’était comme une défaite pour moi, mais j’ai eu la chance de recommencer des études à mon âge, ce qui est impossible dans mon pays.»

Bien qu’elles ne manquent pas d’espoir, les personnes rencontrées par TC Media au Carrefour des femmes sont unanimes. Toutes ont un ami ou un conjoint dans l’impossibilité de trouver un emploi à la hauteur de ses capacités. Plusieurs ont évoqué la possibilité d’opter pour un travail dont la formation est moins complexe ou moins longue que celle obtenue dans leur pays d’origine.

Najla Salemzay et Feriel Benamara ne trouveront peut-être jamais l’emploi dont elles avaient rêvé, mais encouragent leurs semblables. Les deux demeurent catégoriques: pas question d’abandonner leurs efforts pour s’intégrer pleinement au sein de leur communauté d’adoption. 

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