(Photo: Gracieuseté - ÉTS) L'équipe du professeur de l'ÉTS, Jacques de Guise, a lancé il y a quelques semaines un ambitieux projet destiné aux personnes défigurées par le cancer.

Briser l’angoisse des personnes devant faire face à une reconstruction complète du visage et les aider à accepter leur nouvelle identité est le pari que souhaite relever l’équipe des professeurs de l’École de technologie supérieure (ÉTS), Jacques de Guise et Yvan Petit, en lançant le projet «De l’ombre à la lumière». Grâce aux technologies de réalité virtuelle et d’imagerie 3D, ils proposent une approche complète d’accompagnement du patient.

Leur initiative, encore à un stade embryonnaire, devrait être applicable sur des patients d’ici deux ans. Seulement au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM), ce sont près de 400 personnes par année qui sont traitées pour un cancer touchant la tête ou le cou. Parmi eux, une vingtaine nécessite des reconstructions du visage.

«Ce sont des chirurgies qu’on qualifie de « délabrantes ». On peut perdre un œil, un nez, une partie de la mâchoire. Ce sont des trous béants qui sont créés dans le visage, ce qui occasionne des traumatismes importants», indique Jacques de Guise.

Ces cavités sont comblées par des épithèses, des prothèses de remplacement d’une ou plusieurs parties du visage.

«Présentement, les épithèses sont faites manuellement par des prosthodontistes. Avec une empreinte du visage, ils les sculptent à la main afin qu’elles conviennent esthétiquement au patient, précise le professeur de l’ÉTS, Yvan Petit. Mais il ne peut pas visualiser avant la chirurgie ce à quoi il va ressembler, ce qui crée beaucoup d’angoisse.»

Yvan Petit

C’est pourquoi l’équipe souhaite travailler avec le patient dès l’annonce de la maladie. «Nous voulons faire des simulations par l’imagerie 3D et la réalité virtuelle afin qu’il soit capable de se projeter dans le futur», explique M. de Guise.

Les chercheurs comptent aussi créer un prototype démonstratif de l’épithèse par impression 3D, afin de lui permettre, avant la chirurgie, de manipuler la prothèse qui occupera une partie de son visage. L’objectif est de lui donner tous les outils nécessaires pour qu’il soit en mesure d’accepter sa nouvelle identité.

Plus qu’une prothèse
Pour parvenir à ce but ultime, un support psychologique est primordial, selon les chercheurs. En collaborant avec des experts du CHUM, ils ont réalisé que l’accompagnement des patients était déficient. «Ils se sentent généralement délaissés et désarmés face à cette situation», déplore M. Petit.

Des psychologues, des psychiatres et des philosophes font donc partie intégrante de l’équipe. Une fois que le projet sera mis en application, ce qui est prévu pour 2020, ils auront pour mission d’accompagner le patient tout au long du processus de reconstruction, afin de l’aider à faire face à sa détresse physique et psychologique occasionnée par sa nouvelle identité.

L’équipe travaillera également avec des patients experts, comme Serge Dulude, un ancien directeur d’école diagnostiqué d’un cancer du visage il y a 25 ans. Depuis, ce dernier a subi 18 chirurgies esthétiques. «Il n’y a pas de meilleure personne pour parler de sa maladie et trouver la façon dont on peut la surmonter que ceux qui l’ont déjà vécu», croit M. de Guise.

L’audace du projet repose d’ailleurs sur la mise en commun de multiples savoirs afin de non seulement améliorer la conception des épithèses, mais aussi la création et l’acceptation d’une nouvelle identité.

C’est cette approche, qualifiée de laboratoire vivant, qui leur a valu l’octroi d’un financement de 100 000$ à l’issu du concours 2018 du programme intersectoriel Audace des Fonds de recherche du Québec (FQR).

Pour cette première année, l’équipe se consacrera à la mise en place du système d’intervention. Puis, elle testera cette démarche sur deux nouveaux patients dès l’an prochain, avant de l’appliquer de manière universelle.

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