Selon Human Rights Watch, «les crimes d’honneur sont des actes de vengeance, habituellement des meurtres, commis par des hommes contre les membres féminins d’une famille qui auraient jeté le déshonneur sur celle-ci, soit en refusant un mariage de raison, soit en étant victimes d’une agression sexuelle, soit en réclamant le divorce – même d’un mari abusif – ou en ayant prétendument commis un adultère.» Les hommes peuvent aussi être visés, mais les femmes en sont le plus fréquemment victimes.

En Jordanie, même de façon préméditée, abattre une femme qui commet un adultère ne mènera pas nécessairement à une condamnation.

En Syrie et au Maroc, s’il est prouvé qu’un tel meurtre l’a été de façon non préméditée, le suspect pourra s’en tirer.

En Turquie, au Pakistan et en Égypte, les crimes d’honneur sont illégaux, mais très fréquents.

Pour ceux qui seraient portés à croire qu’il ne s’agit là que d’une problématique musulmane, pensez-y par deux fois. Le Coran n’est pas la seule enseigne où loge le sexisme et la misogynie. Il y a quelques dizaines d’années, dans des pays largement chrétiens comme le Brésil et la Colombie, les crimes d’honneur étaient légaux.

Ayant vécu en Grèce durant mon adolescence, j’ai fréquemment entendu parler de crimes d’honneur perpétrés dans des zones rurales reculées et je sais que des drames semblables se déroulaient aussi en Espagne et en Italie. En soi, les crimes d’honneur ont lieu dans des sociétés patriarcales où les femmes sont considérées comme des possessions matérielles.

Et qu’arrive-t-il quand ces gens émigrent dans des sociétés libérales, sans considérer le fait que leurs enfants adopteront tout naturellement le mode de vie de leur nouvel environnement? Un choc culturel aux conséquences parfois funestes se produit.

J’ai suivi avec une immense tristesse l’enquête entourant l’affaire Shafia. Le complot méthodique et froid orchestré par le père, la mère et leur fils pour éliminer trois jeunes filles et la première épouse du mari. Mais le plus désolant est que même si l’on se doute que ce crime sera effectivement fort probablement puni, les auteurs des quelque 5000 autres crimes d’honneur commis chaque année dans le monde (selon le Fonds des Nations Unies pour la population), ne le seront pas.

Mais comment changer les mentalités dans de telles sociétés patriarcales quand les droits des femmes ne sont même pas respectés à la base? L’ampleur de ce lavage de cerveaux est telle que même des femmes participent à ces crimes, soit en étant directement complices, soit en les niant ou en ne les rapportant pas aux autorités, même quand les victimes sont leurs propres filles ou leurs propres sœurs.

À quoi aura servi la mort de quatre femmes (dont trois adolescentes) dans les eaux du canal Rideau à Kingston? À laver l’honneur d’une famille? Qu’y-a-t-il de si honorable à assassiner quatre innocentes victimes, à voir trois autres membres de la famille passer le reste de leur vie en prison, sans compter les autres enfants laissés ainsi sans parents? Où est l’honneur? Et j’espère que la justice canadienne saura ainsi émettre un message clair à cet effet.

 

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