Getty Images Le New Black Panther Party, qui prône notamment l'autodéfense au sein de la communauté afro-américaine, manifeste souvent l'arme à l'épaule.

La mort d’Afro-Américains aux mains de policiers blancs a mené à la renaissance de groupes séparatistes réclamant un territoire autonome réservé à la minorité noire des États-Unis. Métro a enquêté pour savoir si ces organisations sont susceptibles de perturber l’ordre social dans le pays.

Micah Johnson, l’homme qui a tué cinq policiers à Dallas, au Texas, en juillet, est soupçonné d’avoir eu des liens avec de tels groupes, prônant parfois la suprématie noire, et dont le nombre serait inédit depuis la fin des années 1960.

Bien que Johnson ait nié toute affiliation avec des groupes séparatistes noirs au cours des négociations qui ont précédé sa mort, il avait écrit sur des sites louant le «black power» peu de temps avant de passer à l’acte.

«La discrimination systématique de la police et d’autres enjeux sociétaux génèrent et appuient les sentiments dont se nourrissent les groupes séparatistes, tout comme de nombreux autres groupes contestataires au sein de la communauté afro-américaine.» -Joe Feagin, professeur de sociologie à l’Université A&M du Texas

Plusieurs groupes proches de cette idéologie ont toutefois démenti les liens qui les unissait au tueur, disant même avoir rejeté les demandes d’adhésion de ce dernier, le jugant trop «instable».

Le Southern Poverty Law Center, reconnu pour sa surveillance des groupes extrémistes, a indiqué que l’ancien vétéran de 25 ans était un partisan d’organisations comme le New Black Panther Party (NBPP), la Nation of Islam – dont le militant radical pour les droits civiques Malcom X et le défunt boxeur Mohamed Ali furent membres – et le Black Riders Liberation Party, autant d’organisations que le SPLC considère comme des groupes haineux.

Des observateurs ont noté que la récente vague de meurtres qui a frappé la jeunesse afro-américaine aux États-Unis pourrait effectivement conduire à une hausse du nombre de ces groupes.

En 2015, soit deux ans après la création du mouvement Black Lives Matter, une hausse significative du nombre de groupes séparatistes noirs a été observée.

«Ces groupes ont connu une croissance inquiétante en 2015, avec la création de nombreuses organisations et l’expansion de plusieurs déjà existantes, affirme le rapport The Year In Hate and Extremism, publié en février par le SPLC. «Le nombre de chapitres affiliés à ces groupes a augmenté de 59%, passant de 113 en 2014 à 180 l’année dernière.»

Cette croissance pourrait prendre de l’ampleur si la communauté afro-américaine continue d’être discriminée par des membres blancs du corps policier américain. Si cette appréhension venait à se concrétiser, des mouvements pacifiques comme Black Lives Matter pourraient ne plus suffire pour canaliser les plus radicaux de leurs militants.

«Ces groupes se nourrissent de la colère issue de l’injustice» -Heidi Beirich, directrice du Intelligence Project au Southern Poverty Law Center

«Si, aujourd’hui, le militantisme de Black Lives Matter est devenu un mouvement social d’importance qui promeut un large éventail d’objectifs, il demeure possible qu’un nombre substantiel de ses activistes décide que les changements qu’ils réclament doivent être atteints par des méthodes plus radicales et plus révolutionnaires, comme le séparatisme racial», a expliqué Clayborne Carson, professeur d’histoire de l’université de Stanford et directeur de l’Institut de recherches et d’éducation King.

Bien que les statistiques confirment l’émergence d’un plus grand nombre de groupes séparatistes noirs après l’apparition de Black Lives Matter – qui milite pour la dignité, la justice et le respect des Afro-Américains –, les observateurs s’accordent sur le fait que la communauté afro-américaine est loin d’adhérer à l’extrémisme et à la haine communautaire qu’ils promeuvent.

«Ces groupes se nourrissent de la colère issue de l’injustice, mais la majorité des Afro-Américains ne veulent rien savoir de leur antisémitisme ou du racisme qu’ils prônent», a indiqué à Métro Heidi Beirich, directrice du Intelligence Project au Southern Poverty Law Center.

Demonstrators Protest Ahead Of Monday's Start Of The 2016 Republican Nat'l Convention
Le New Black Panther Party a manifesté en amont de la convention républicaine, à Cleveland, pour protester contre le racisme et exiger un traitement égal de la minorité afro-américaine. /Getty

Et bien que leur nombre ait augmenté de près de 60% l’année dernière, ces organisations radicales ne sont pas perçues comme une menace à l’ordre social. «En règle générale, les groupes suprémacistes blancs et les extrémistes antigouvernement sont responsables de beaucoup plus de violence», conclut Mme Beirich.

«Le racisme des Blancs a créé ces groupes séparatistes»

Entrevue avec Joe Feagin, Professeur de sociologie à l’université A&T, au Texas

Quelles conséquences peut avoir la renaissance du mouvement séparatiste afro-américain aux États-Unis?
Bien entendu, les meurtres commis contre des Afro-Américains par des policiers ont depuis longtemps créé une colère légitime au sein de la communauté noire. Les organisations policières dirigées par les Blancs, qui ciblent injustement les Afro-Américains, ont été mises en place et utilisées pour les «contrôler» depuis maintenant plus de quatre siècles aux États-Unis. Plusieurs départements de police ont ainsi vu le jour au cours des 246 ans d’existence de notre société esclavagiste dans le but de maîtriser les esclaves noirs et leur famille. Ces départements – et plusieurs autres – ont aussi opprimé et discriminé les Afro-Américains pendant plus de 90 ans, à l’époque de la loi ségrégationniste de Jim Crow. Cette répression raciale extrême n’a pris fin qu’aux alentours de 1969. Depuis ce temps, plusieurs policiers continuent de tolérer – voire d’encourager – la discrimination, comme le profilage racial.

Quel est le principal objectif de ces groupes?
Les groupes séparatistes noirs sont créés pour protester contre plusieurs types de discrimination à l’encontre des Afro-Américains, dont la discrimination policière.

Est-ce que ces groupes présentent un danger pour les États-Unis? 
Non, ces groupes demeurent petits et ils incarnent, dans leur grande majorité, une réponse à la colère suscitée par la discrimination des Afro-Américains par des Blancs, notamment par des organisations policières dirigées par des Blancs. Quand – et, surtout, si – les Blancs mettront fin à cette discrimination à grande échelle, qu’ils ont encouragée pendant plus de 400 ans maintenant, alors ces groupes séparatistes disparaîtront.

Portrait de trois groupes radicaux

MWN New Black Panther PartyNew Black Panther Party
Organisation fondée à Dallas, au Texas, en 1989, le NBPP se définit comme une expression moderne du mouvement «black power». Ils croient que les Afro-Américains devraient créer leur propre État et manifestent régulièrement contre la brutalité policière.

MWN Nation of IslamNation of Islam (NOI)
Depuis sa fondation en 1930, la NOI a grandi jusqu’à devenir une des organisations les plus riches et les plus connues aux États-Unis. Elle enseigne une théologie prônant la supériorité des Noirs sur les Blancs, tout en défendant des objectifs d’amélioration spirituelle et sociale des Afro-Américains en particulier, et de l’humanité en général.

MWN Black Riders Liberation PartyBlack Riders Liberation Party
Le BRLP, basé en Californie, revendique l’héritage du défunt Black Panther Party, se présentant comme sa nouvelle incarnation.

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