De très nombreux Américains seront rivés à leur écran, lundi soir, pour regarder le tout premier affrontement, sur une même scène, entre les deux personnes qui aspirent à les gouverner. Alors que plus de 100 millions de téléspectateurs sont attendus à ce qui s’annonce déjà comme un débat historique, Donald Trump et Hillary Clinton s’entraînent à la joute oratoire, prêts à mettre leur adversaire K.-O.

Quels écueils devront-ils éviter pour ne pas de se retrouver au tapis? Aperçu des forces et des faiblesses de chacun des deux candidats à la veille de leur duel télévisé.

Donald Trump

BOULDER, CO - OCTOBER 28: Presidential candidates Donald Trump pauses during a break in the CNBC Republican Presidential Debate at University of Colorados Coors Events Center October 28, 2015 in Boulder, Colorado. Fourteen Republican presidential candidates are participating in the third set of Republican presidential debates. (Photo by Justin Sullivan/Getty Images)Les experts en rhétorique trouvent une panoplie de défauts au candidat républicain Donald Trump: son vocabulaire est pauvre, sa syntaxe approximative, son souci de précision inexistant, sa voix nasale et son programme politique flou.

Et malgré tout, Aaron Kall, qui dirige l’institut de débats affilié à l’Université du Michigan, n’hésite aucunement : «Il performe comme un maître.»

«Il est naturel devant les médias, explique Kall, auteur d’un livre sur les performances oratoires de Trump lors des primaires républicaines. Il comprend vraiment son auditoire et sait tailler son message en fonction de ce qu’il veut entendre.»

Une des grandes questions qui demeurent en suspens à l’approche du débat, c’est quel Donald Trump se présentera au lutrin : l’intimidateur vantard qui aime insulter ses adversaires ou le candidat plus discipliné que s’efforce de façonner son équipe de campagne.

Pour M. Kall, Trump doit maintenant prouver qu’il a le tempérament adéquat pour occuper la Maison-Blanche.

Il doit donc mettre sa flamboyance de côté et montrer qu’il sait offrir des réponses détaillées sur des politiques précises, ce qu’il a rarement su faire jusqu’à maintenant.

Lilian Glass, une experte du langage corporel, croit que Trump doit être «complètement concentré sur les sujets de discussion et non pas parler uniquement de lui, de ses qualités d’entrepreneur et de ses entreprises lucratives. Nous le savons. Nous savons tout ça. Maintenant, c’est l’heure de parler des enjeux».

Malgré son impétuosité, [Trump] doit savoir que 90 minutes, face à face avec Hillary Clinton, ne lui laissent pas une grande marge d’erreur. -Dan Schnur, directeur de l’Institut politique de l’Université de la Californie du Sud et vétéran de la campagne présidentielle de John McCain en 2000

Hillary Clinton

Democratic Presidential Candidates Hillary Clinton And Bernie Sanders Debate In Durham, New HampshireLa candidate démocrate l’a avoué elle-même en mars dernier : elle n’est pas une «politicienne naturelle». «Je ne suis pas comme mon mari ou le président Obama», déclarait-elle alors pour excuser son côté calculateur qui peut parfois sembler antipathique.

«Ses partisans disent qu’elle est réfléchie, analyse Kathleen Hall Jamieson, du centre de politiques publiques de l’Université de la Pennsylvanie, alors que ses détracteurs l’accusent d’avoir des choses à cacher.»

En dépit d’une nature peu encline aux épanchements, Mme Clinton sait compenser cette lacune par d’autres forces. Elle qui fut première dame, sénatrice et secrétaire d’État connaît les rouages de Washington et de la politique américaine comme peu peuvent s’en targuer. Elle est également réputée pour consacrer beaucoup d’énergie à maîtriser ses dossiers.

Mais le fait qu’elle soit la première femme à porter la bannière d’un grand parti américain peut cependant jouer en sa défaveur, selon plusieurs observateurs.

«Je ne crois pas que quelqu’un puisse parler d’Hillary Clinton sans que son sexe soit un facteur», croit Deborah Tannen, professeure de linguistique à l’université Georgetown.

Mme Tannen explique que la candidate démocrate doit affronter un double standard : peu importe ce qu’elle fait, elle décevra toujours les attentes en ce qui concerne la façon dont une femme doit parler et celle dont un leader doit s’exprimer.

Quand Obama parle, les hommes entendent : “Prenez votre avenir en main”, mais quand Clinton parle, les hommes entendent : “Prenez les poubelles et sortez-les.”-Mark Rudov, commentateur de Fox News, analysant un des débats ayant opposé Barack Obama et Hillary
Clinton en 2008

Débats marquants

Les débats déterminent rarement l’issue d’un scrutin. Mais parfois, si. Bref retour sur certaines joutes oratoires américaines qui firent pencher la balance au cours de l’histoire.

  • John F. Kennedy contre Richard Nixon (1960). Le premier débat télévisé de l’histoire américaine attire 70 millions de téléspectateurs. Kennedy, plus à l’aise devant les caméras, réussit à renverser la tendance qui donnait Nixon gagnant.
  • Al Gore et George W. Bush, (2000). Le démocrate Al Gore arrive à ce premier débat comme le candidat le mieux perçu pour occuper la Maison-Blanche. Au cours du duel, cependant, ses fréquents soupirs devant les propos de Bush l’ont fait paraître exécrable. Il a perdu l’élection.

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