Getty Malgré la menace prononcée par le candidat républicain Donald Trump de sceller complètement la frontière américano- mexicaine, de plus en plus d’immigrants clandestins tentent d’entrer sur le territoire américain en passant par le Mexique.

De récentes statistiques indiquent une augmentation notable du nombre d’immigrants illégaux d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient qui tente de rejoindre les États-Unis. Métro a enquêté sur le phénomène et sur les moyens de le contrôler.

Le nombre de ressortissants d’Asie, d’Afrique et du Moyen-Orient qui ont tenté de franchir la frontière entre les États-Unis et le Mexique cette année devrait doubler par rapport à 2015 – à tel point que Washington demande l’aide des pays d’Amérique latine pour tenter d’endiguer ce flot d’immigrants affluant vers son territoire.

Selon l’agence de presse Reuters, plus de 6300 personnes originaires de ces trois régions ont été appréhendées en tentant d’entrer au Mexique depuis le début de l’année, contre 4200 en 2015, et 1800 en 2014. Cette tendance est également observable le long de la frontière américaine.

«Malgré sa réputation récente de pays hostile aux étrangers, les États-Unis sont toujours une destination de choix pour les immigrants et les réfugiés, a expliqué à Métro Mark Overmyer-Velázquez, directeur de l’Institut d’études latino-américaines et caribéennes de l’université du Connecticut.

«Les occasions économiques et la sécurité relative qu’offre le pays sont toujours des facteurs déterminants dans l’attractivité des États-Unis comme terre d’immigration. Pourtant, le pays n’est pas aussi accueillant avec les réfugiés que d’autres pays occidentaux riches comme le Canada et l’Allemagne, par exemple.»

Le nombre d’immigrants se rendant aux États-Unis demeure plus faible que celui de ceux se dirigeant vers l’Union européenne, qui est secouée par la pire crise migratoire depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Les experts s’entendent pour dire qu’un tel scénario ne se produira pas dans les Amériques. Toutefois, la collaboration entre les pays de la région est indispensable pour ralentir l’arrivée d’immigrants.

«Quelque 98% des immigrants sans papiers arrivés aux États-Unis passent par le Mexique, souligne Rodolfo Casillas, spécialiste de l’immigration à la Faculté latino-américaine de sciences sociales de Mexico. C’est pourquoi il est très important pour le gouvernement américain d’avoir la collaboration des Mexicains dans ce dossier. Les pays d’Amérique centrale, en particulier le Guatemala, le Salvador et le Honduras, n’aideront pas beaucoup, car leurs émigrants envoient des fonds à la maison qui aident l’économie locale. C’est très important pour l’économie de la région.»

Par exemple, en novembre dernier, cinq Syriens munis de faux passeports grecs ont été arrêtés dans la capitale hondurienne, Tegucigalpa, d’où ils voulaient atteindre les États-Unis. Il a été révélé plus tard qu’ils cherchaient à faire une demande d’asile, mais leur traversée réussie de plusieurs frontières latino-américaines laisse planer des doutes sur la sécurité dans la région.

La route pour atteindre les États-Unis débute souvent au Brésil. C’est là qu’arrivent les immigrants et qu’ils achètent de faux passeports. Ils amorcent ensuite un difficile parcours vers le nord, en avion, en bateau ou à pied, souvent avec l’aide de passeurs.

«Il n’y a toutefois pas de preuves que des terroristes utilisent l’Amérique latine comme base pour entrer aux États-Unis, soutient Elliott Young, professeur d’histoire et spécialiste de l’Amérique latine au Lewis & Clark College, en Oregon. Les États-Unis sont un très grand pays avec une forte économie qui peut absorber sans problème des centaines de milliers de réfugiés. En fait, les réfugiés sont souvent les immigrants les plus éduqués et contribuent grandement à la vie de leur leur société d’accueil.»

Les immigrants qui utilisent la dangereuse route du sud pour atteindre le pays de l’Oncle Sam risquent cependant de rencontrer un nouvel obstacle. Les pays d’Amérique latine unissent leurs efforts afin d’arrêter les immigrants clandestins. Les douaniers américains auraient déjà commencé à former leurs collègues du Mexique et du Panama. Les experts croient pourtant que ce ne sera pas suffisant pour résoudre le problème.

«Nous verrons probablement de plus en plus de réfugiés se déplacer autour du globe afin d’échapper aux crises économiques et aux guerres, pense Elliott Young. Plutôt que de régler le problème à la frontière, il serait plus utile de trouver des moyens de mieux répartir les richesses à l’échelle planétaire et des mesures pour instaurer la paix plutôt que la guerre.»

Mark Overmyer-Velázquez

«Bâtir des murs plus hauts n’est jamais la solution»

Métro s’est entretenu avec Mark Overmyer-Velázquez, directeur de l’Institut d’études latino-américaines et caribéennes de l’université du Connecticut.

Quelle est la situation des immigrants clandestins en Amérique latine?
C’est avant tout une région d’émigration, même si les récents accords de libre-échange avec l’Asie et le Moyen-Orient favorisent la venue d’immigrants. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe, l’Amérique latine était une destination de choix pour les immigrants du Moyen-Orient et d’ailleurs. Aujourd’hui, la grande majorité d’entre eux viennent des pays voisins. Il s’agit souvent d’une région de transit pour les immigrants qui veulent atteindre les États-Unis.

Est-il possible que survienne à une crise migratoire comme celle que traverse l’Union européenne?
Étant donné la réticence historique des États-Unis à accueillir rapidement les populations réfugiées (sauf pour les petits pays comme Cuba) et les lois américaines sur l’immigration, qui sont fondamentalement racistes et discriminatoires, il est très peu probable que le pays soit confronté à une crise semblable à celle qui se produit en Europe.

Existe-t-il une façon d’arrêter le flot d’immigrants?
Des relations économiques plus équilibrées et des initiatives éducatives tangibles pourraient créer des conditions capables de retenir des gens dans leur pays d’origine. Nous devrions également appuyer les accords économiques qui assurent les droits des travailleurs et les droits humains dans les pays du sud. En d’autres mots, bâtir des murs plus hauts n’est jamais la solution.

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