Evan Vucci Evan Vucci / The Associated Press

Le candidat républicain à l’élection présidentielle, Donald Trump, a créé la surprise en remportant la victoire sur sa rivale démocrate, Hillary Clinton. Les sondages et les médias n’ont pas vu venir la propension de l’électorat qui s’est présenté dans l’isoloir. Qui tenir responsable?

«Il n’y a pas un sondeur qui a vu venir [l’élection de M. Trump]», a déploré mardi le titulaire de la Chaire de relations publiques et communication marketing de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Bernard Motulsky. Lui-même avait prédit un raz-de-marée des démocrates en se basant sur les derniers coups de sonde.

La réaction favorable des électeurs à la campagne électorale de Donald Trump aurait dû être mieux perçue par les sondeurs, croit le chercheur universitaire. «[Les sondeurs doivent s’adapter à une nouvelle époque et à une nouvelle façon de voir les choses parce qu’on aimerait bien être capable de s’appuyer sur des données plus fiables pour être capable de savoir ce qui va arriver.»

M. Motulsky convient toutefois que M. Trump est «un phénomène» puisque n’importe quel candidat aurait mordu la poussière en tenant les mêmes propos sur les femmes, les musulmans et les Mexicains. «Il disait tout haut ce que les gens pensaient tout bas et ça marchait», a-t-il souligné.

Les sondages ne représentent pas un «outil prédictif», a insisté de son côté le vice-président de la firme Léger, Christian Bourque. «Un sondage, c’est une mesure du passé, a-t-il dit. On identifie une tendance.»

D’après M. Bourque, les sondeurs ne se sont pas gourés dans la course à la présidence américaine qui s’avérait extrêmement serrée. Au final, l’ancienne secrétaire d’État, Hillary Clinton, a obtenu 47,7% des suffrages exprimés, contre 47,5% pour M. Trump. «La difficulté, ç’a été de transposer le vote national en grands électeurs», a expliqué le sondeur. Même si Mme Clinton a obtenu près de 200 000 votes de plus que son rival, elle a récolté moins de grands électeurs.

Qui plus est, le vote était extrêmement serré dans des États clés, tels que la Floride, l’Ohio et la Caroline du Nord. Avec les marges d’erreur, les sondages avaient de la difficulté à déterminer qui allait l’emporter. En Pennsylvanie, par exemple, M. Trump a gagné avec 1% de plus de votes et les sondages présentaient une marge d’erreur de 3 ou 4%, a rapporté Christian Bourque.

Le taux de participation a aussi déjoué les sondages. En Floride, où Mme Clinton a obtenu 1,3% de votes de moins que son adversaire républicain, l’électorat démocrate afro-américain et latino-américain s’est moins mobilisé pour sa candidate qu’il ne l’avait fait pour Barack Obama dans les précédentes élections présidentielles. A contrario, l’électorat peu scolarisé établi dans des régions rurales s’est rendu massivement dans l’urne pour élire Donald Trump, a noté le professeur de communication de l’Université de Montréal, André H. Caron.

«Ce vote populiste est un vote beaucoup plus discret, a mentionné M. Caron. Il est très difficile à obtenir dans les sondages. C’était un profil de gens qui étaient de toute évidence pas d’accord avec la façon dont [Donald Trump] traite les femmes, mais faisait fi de cela, et ne le disait pas ouvertement.»

Les médias traditionnels, dont leurs représentants sont plus éduqués, ont eu de la difficulté à saisir les préférences de cet électorat et, du même coup, de prévoir la suite, d’après M. Caron. Même les médias sociaux, qui sont peu utilisés par l’électorat de M. Trump, n’ont pas fait écho de l’inclinaison de l’électorat américain envers le candidat républicain. «Les signes étaient pourtant là, a dit le professeur de l’Université de Montréal. Peut-être qu’on ne les saisissait pas assez bien.»

Une remise en question des médias traditionnels s’impose à la suite de cette course présidentielle, croit André H. Caron. «Les journalistes essaient d’être objectifs, mais il veut aussi être divertissant avec une manchette qui frappe, a-t-il affirmé. Le vrai journalisme en est un de nuance, mais on n’est plus dans un monde où les gens veulent des nuances. Ils veulent du blanc et du noir.»

Bernard Motulsky n’est pas d’accord. Les médias n’ont fait que leur travail, selon lui. «Les médias n’ont pas à arbitrer, a-t-il dit. Ils ont fait leur travail correctement dans cette campagne. Ils avaient affaire à un phénomène. Ils n’ont pas le choix que d’en parler et de le couvrir.»

Les stratégies de communication des deux candidats, où l’un dit tout ce qu’il pense et l’autre est plus que politiquement correct, devraient plutôt faire l’objet d’une analyse fine, d’après M. Motulsky.

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