Collaboration spéciale/UNICEF Des élèves dans une école souterraine située dans la région de Idlib en Syrie.

Alors que nombre d’enfants sont pris dans la crise, l’UNICEF rappelle que cibler des écoles ou des hôpitaux constitue un crime de guerre.

Pour faire le point sur la situation, TC Media a joint à Amman, en Jordanie, Geneviève Boutin, la responsable des affaires humanitaires et coordonnatrice pour la crise syrienne au bureau régional de l’UNICEF à Amman.

Que s’est-il passé ces derniers jours?
Ç’a été une semaine terrible pour les infrastructures sociales, le peu qui en reste, en Syrie. Une énorme proportion des hôpitaux dans la partie est d’Alep a été touchée, et on estime qu’il n’y a plus vraiment d’hôpital fonctionnel dans cette partie de la ville qui est assiégée. En même temps, il y a eu des attaques sur quatre écoles: à Alep, Idlib et dans la banlieue de Damas.

Neuf enfants ont perdu la vie dans ces attaques. Est-ce très fréquent?
En 2016, on a recensé 84 attaques sur des écoles, qui ont causé la mort d’au moins 69 enfants et blessé de nombreux autres. Une fois qu’une école a été attaquée, les parents préfèrent ne pas y envoyer leurs enfants. Il y a plus de deux millions d’enfants syriens qui sont en âge d’aller à l’école qui n’y vont pas.

Est-ce qu’on essaye d’instaurer la peur en s’en prenant à des écoles?
De tous les côtés de cette guerre, les gens ne respectent pas les civils. Je ne peux pas vous confirmer qu’ils ciblent des écoles. Mais quand on lance des obus, ou des bombes, dans des zones peuplées de civils, on sait qu’on va toucher un hôpital ou une école et on sait qu’on va instaurer la peur. Dans de grandes parties de la Syrie, les hôpitaux et plusieurs écoles sont cachées sous terre et même là des bombes réussissent à les atteindre.

«Les parties impliquées dans le conflit ont la responsabilité de faire tout ce qu’elles peuvent pour éviter de toucher les infrastructures civiles. Si elles visent délibérément, c’est un crime de guerre.» – Geneviève Boutin, responsable des affaires humanitaires et coordonnatrice pour la crise syrienne au bureau régional de l’UNICEF à Amman

Vous parlez d’écoles souterraines. C’est étonnant de voir qu’on prend ces mesures pour s’éduquer en temps de guerre.
C’est un fait très impressionnant. Dès qu’il y a un peu de stabilité, les gens veulent renvoyer leurs enfants à l’école. Ça m’a beaucoup frappée quand j’y suis allée. Il y a une grande valorisation de la scolarisation des garçons et des filles en Syrie. Avant, c’était une population très scolarisée et qui avait accès à une bonne éducation et à des services sociaux assez avancés. La Syrie, ce n’était vraiment pas le Tiers-Monde avant la guerre.

À UNICEF, on distribue des livres qui permettent aux enfants de faire leur éducation à la maison quand ils ne sont pas capables de se rendre à l’école, à cause de l’instabilité. C’est impressionnant de voir l’intérêt des familles pour ce programme. Ils ne veulent vraiment pas que leurs enfants perdent toute une génération. On le voit aussi chez les réfugiés syriens qui sont en Jordanie ou au Liban: ils accordent une grande importance à l’éducation de leurs enfants.

L’école primaire à Al-Qarma, en banlieue de Damas, a été bombardée dimanche dernier. Un enfant de 10 ans est mort dans cette attaque et 15 autres enfants ont été blessés. Photo: Al Shami/UNICEFL’école primaire à Al-Qarma, en banlieue de Damas, a été bombardée dimanche dernier. Un enfant de 10 ans est mort dans cette attaque et 15 autres enfants ont été blessés. Photo: Al Shami/UNICEF

Le sous-secrétaire général aux affaires humanitaires de l’ONU a affirmé que 975 000 personnes vivent assiégées en Syrie. Les enfants sont-ils plus vulnérables dans cette situation?
Oui, les enfants font face à des risques additionnels. En plus du traumatisme, ce n’est pas une situation favorable sur le plan nutritionnel. Le développement physique des enfants est compromis. En Syrie, on voit des enfants de 11 ans qui sont grands comme des enfants de 6 ans. C’est à cause de la malnutrition, du stress, de l’absence de tous les facteurs qui font qu’un enfant grandit et s’épanouit.

L’UNICEF réclame que les parties arrêtent d’attaquer des infrastructures civiles. Mais croyez-vous qu’il y a assez de pressions pour que ça cesse?
J’espère qu’il va y avoir des pressions. Il y a des États, dont certains qui sont membres du conseil de sécurité de l’ONU, qui appuient ces parties dans ce conflit. Donc quelconque État qui veut être un bon citoyen du monde doit se demander s’il fait tout ce qu’il peut pour vraiment mettre la pression sur les parties du conflit.

Vous réclamez la levée des sièges, mais les parties impliquées ne semblent pas vouloir du plan de l’ONU?
À Alep, on propose l’évacuation des gens qui sont dans une situation médicale critique, on souhaite qu’on nous laisse entrer avec des denrées et on veut aussi qu’ils nous permettent de faire une rotation des médecins. Selon nos sources, il ne reste que 30 médecins depuis juillet. Ils travaillent sans arrêt, 24 heures par jour, pour sauver des gens. On a des médecins qui sont volontaires pour venir les remplacer. Juste pour ça, on n’arrive pas à avoir l’accord des parties du conflit. On est arrivé à un point où il y a manque de respect total pour les règles de la guerre. Tout est possible, tout est permis. Ce qu’il se passe en ce moment est scandaleux.

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