Des activistes anti-vaccins ont rencontré à plusieurs reprises des familles d’origine somalienne au Minnesota, dans le but de les convaincre des risques de la vaccination. Résultat : une montée en flèche des cas de rougeole chez les enfants de la communauté.

Parmi ces activistes : Andrew Wakefield, l’auteur de la fable de 1998 sur un lien entre vaccin et autisme. Avec près de 50 cas de rougeole jusqu’ici recensés en moins de six semaines, il s’agirait de la pire éclosion de rougeole dans cet État du Nord des États-Unis, depuis trois décennies.

La communauté d’origine somalienne est tricotée serrée, rapportent les médias locaux, et il n’a pas fallu beaucoup de temps pour que la rumeur se répande : ne laisse pas tes enfants recevoir le vaccin contre la rougeole, la rubéole et les oreillons — il paraît que ça cause l’autisme. Le Washington Post a rencontré une jeune mère, Suaado Salah, 26 ans, arrivée aux États-Unis à l’adolescence, qui a écouté ces conseils — et dont les enfants de 3 ans et de 18 mois ont contracté la rougeole. La plus jeune a dû être hospitalisée pendant quatre jours et intubée.

Interrogé par les journalistes sur son influence dans cette affaire, Andrew Wakefield s’est blanchi de toute responsabilité. « Les Somaliens ont décidé par eux-mêmes qu’ils étaient particulièrement inquiets. Je répondais à cet appel. »

Selon les chiffres des autorités médicales américaines, le taux de vaccination rougeole-rubéole-oreillons (RRO) chez les enfants nés aux États-Unis de parents d’origine somalienne était de 92 % en 2004 — et il était descendu à 42 % en 2014. Cela correspond à l’époque où des rumeurs sur un taux d’autisme anormalement élevé se répandaient dans la communauté. L’État y avait répondu par une étude : un enfant de famille somalienne sur 32 était diagnostiqué autiste, contre un sur 36 chez les autres écoliers du Minnesota.

Andrew Wakefield était médecin en Grande-Bretagne lorsqu’en 1998, il avait publié un article alléguant faussement un lien entre le vaccin RRO et l’autisme. Il vit aujourd’hui au Texas et, en 2010 et 2011, il est venu parler au moins trois fois avec des parents de la communauté somalienne du Minnesota, à l’initiative des groupes anti-vaccins locaux.

L’alerte sur une éclosion de rougeole a été lancée au début d’avril. Sur les 48 cas qui étaient recensés lundi, 45 étaient des enfants non-vaccinés, et tous sauf un étaient des enfants de moins de 10 ans. Les médecins s’attendent à ce que le nombre continue d’augmenter.

Ce n’est pas la première fois que des éclosions de rougeole sont signalées dans un coin ou l’autre des États-Unis et du Canada — l’une s’est produite au Québec, près de Joliette, en 2015. Elles sont chaque fois associées à des groupes de parents qui, pour des raisons religieuses ou « philosophiques », refusent de faire vacciner leurs enfants. La rougeole peut causer une pneumonie, des problèmes neurologiques et la surdité.

Le vaccin est jugé efficace à 97 % par l’Organisation mondiale de la santé (et à 93 % chez ceux qui n’ont reçu qu’une des deux doses). Le risque statistique augmente donc lorsqu’un enfant faisant partie des 3 % restants se retrouve dans une communauté où le taux de vaccination est très bas : du coup, le virus a le champ libre.

L’hypothèse d’un lien vaccin-autisme a été étudiée maintes et maintes fois avant et après l’intervention de Wakefield en 1998 : jamais la moindre corrélation n’a pu être établie. Mais la légende urbaine continue de circuler, et quiconque veut y croire n’a aucun mal à trouver un site web qui confirme ses croyances. Interrogée par le Washington Post, une infirmière du ministère de la Santé du Minnesota qui travaille auprès de la communauté somalienne, rappelle avoir été témoin de ces activistes anti-vaccins venus parler dans des assemblées communautaires et distribuer des dépliants. Interrogée par StatNews, la travailleuse communautaire Fatuma Ishtar dit d’eux qu’ils « sont partout, dans chaque événement, chaque forum. » L’ex-épidémiologiste du ministère de la Santé de l’État, Michael Osterholm, qualifie les anti-vaccins « d’exploiteurs ».

Jadis, ajoute-t-il en entrevue pour Wired, « la réponse était l’éducation. Plus vous étiez scolarisé, plus élevées étaient vos chances d’être vacciné. » Aujourd’hui, en cet âge de la désinformation, dit-il, « les scientifiques ont pour défi de se montrer humbles et d’accepter qu’à notre époque, les faits ne comptent pas ».

 

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