Chantal Lévesque/Métro Le Dr Jean-Baptiste Richardier, cofondateur de l'organisation Handicap International

Humanitaire obstiné, observateur chevronné des zones de conflits depuis plusieurs décennies, le Dr Jean-Baptiste Richardier a cofondé il y a près de 35 ans l’organisation Handicap International qui vient en aide aux victimes des mines antipersonnel.

Médecin de formation, l’homme qui a également fondé la revue Alternatives humanitaires est un des principaux acteurs de la signature, en 1997, du traité d’Ottawa sur l’interdiction des mines antipersonnel. Il a, au fil des conflits et des guerres, été confronté aux pires atrocités, mais il continue le combat pour épargner les civils.

Métro l’a rencontré hier en marge du Forum Saint-Laurent, qui est consacré à la diffusion de l’expertise francophone sur les grands enjeux de sécurité internationale.

En plus de 30 ans, comment ont évolué les conflits?
L’évolution qui nous intéresse est l’évolution contemporaine, celle qui est le théâtre d’une dégradation accélérée du respect des règles et des normes issues des différentes couches successives que le multilatéralisme a permis de mettre en place.Tous ces progrès [la Charte des nations, la convention sur la protection des réfugiés, les éléments du droit international humanitaire] qui ont façonné le vivre-ensemble à l’échelle de la planète sont aujourd’hui en train de souffrir terriblement

Le nombre de victimes des restes explosifs de guerre a augmenté de 75 % en 2015 (passant de 3 695 à 6 461 morts), selon le rapport 2016 de l’Observatoire des mines.
C’est l’impact de la montée en puissance des conflits actuels. La plupart des pays concernés n’étaient pas signataires du traité d’Ottawa. Dans une guerre, quand vous êtes complètement acculé, quand il n’y a plus ni scrupule ni retenue, vous vous fichez bien d’une norme d’interdiction. Vous n’avez qu’une obsession, gagner du terrain et protéger le vôtre. Il ne faut pas y voir une fragilité du traité d’Ottawa.

Le traité d’Ottawa a 20 ans. Y a-t-il eu des améliorations depuis la signature?
Il y a eu une formidable régression du nombre de victimes. Avant l’instauration du traité d’Ottawa, il y avait 25 000 morts chaque année. Donc, il continue de sauver environ 20 000 personnes chaque année. Il demeure une référence en matière de désarmement.

Les États-Unis avait annoncé qu’ils signeraient la convention en 2014. Qu’en est-il aujourd’hui?
Les États-Unis ont passé leur temps à avancer et à reculer. Mais en pratique, non seulement les États-Unis appliquent les normes du traité pour l’essentiel, mais ils ont aussi été un des principaux contributeurs de la dépollution de la planète.

«Le droit de s’enfuir […] c’est le sel même de la fraternité. Une fraternité qui est organisée par des règles et des droits en principe inaliénables.» – Jean-Baptiste Richardier, cofondateur de Handicap International

À quoi ressemble la situation sur le terrain en Syrie?
Selon les témoignages de nos équipes et partenaires sur place, c’est un camaïeu de zones intactes et de zones totalement détruites. Le niveau de dévastation des infrastructures, des habitations et de tout le tissu économique est extrêmement variable, mais globalement effroyable.

Quels sont les besoins actuels en Irak et Syrie?
L’ampleur des besoins est inimaginable. Quand on voit la concentration de tout ce que la panoplie guerrière est capable de déverser sur ces zones, ça sera un grand chantier. Quel gâchis… Mais la vraie préoccupation, c’est qu’il faut que ça arrête, qu’il y ait une solution!

Y a-t-il de nombreuses victimes collatérales en Syrie et en Irak?
Il y a environ un an et demi, on estimait entre 40 000 et 60 000 amputations depuis le début de la guerre en Syrie. Beaucoup de gens même lorsqu’ils parviennent à survivre à leurs blessures présentent des complications extrêmement sévères. En Irak, la bataille de Mossoul qui a débuté le 17 octobre 2016, a fait 12 000 blessés.

De nombreux vieux conflits font encore des ravages. Quelles sont les régions les plus critiques?
En Afghanistan, il y a un tel déversement de mines antipersonnel qu’il y a encore du boulot. Quant au déminage en Colombie […] dans les zones anciennement tenues par les FARC, les conditions géographiques sont extrêmement compliquées. Au Laos, on continue de dépolluer. Au Cambodge, il n’y a plus d’opération directe de déminage. Et le Mozambique a été déclaré libre de mines.

Quel est l’objectif de la pétition lancée par Handicap International contre l’utilisation d’armes explosives sur des zones civiles?
On ne peut pas tolérer la régression du respect du droit international humanitaire sur les bombardements des zones peuplées. On consacre toutes nos forces à convaincre les gouvernements de se ressaisir et de s’engager à rétablir ces normes par le biais d’une déclaration politique.

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