L’aventure tumultueuse de la série «Bon Cop, Bad Cop»
Après le succès tonitruant des deux films Bon Cop, Bad Cop, Patrick Huard accomplira-t-il un tour du chapeau avec la série télé dérivée de sa franchise cinématographique, toujours considérée à ce jour comme l’œuvre la plus lucrative au box-office canadien?
Les deux premiers épisodes d’une heure des nouvelles péripéties des agents David Bouchard et Martin Ward ont été déposées sur Crave la semaine dernière, et les quatre suivants y seront déposés à raison d’un par semaine d’ici le 4 juin.
Outre la bonne vieille recette de la relation amour-haine au sein du tandem policier franco/anglo, ce Bon Cop, Bad Cop version longue table aussi sur le décalage de générations entre Bouchard et sa fille Gabrielle (Sarah-Jeanne Labrosse). Celle-ci est devenue elle aussi policière et travaille avec son père. Sans parler de la complicité (seulement?) amicale que l’homme partage avec sa supérieure, Kim (Christine Beaulieu). Ou du refus obstiné de cet éternel adulescent de prendre sa retraite… et de vieillir.
Le choc culturel Québec / Canada des longs métrages s’étend par ailleurs cette fois à la communauté autochtone, avec beaucoup de tendresse et de doigté.
Bon Cop, Bad Cop bénéficie de l’un des plus importants budgets accordés par Bell Média, propriétaire de Crave, à une série d’action. Patrick Huard affirme effectuer 90 % des cascades qu’on le voit exécuter à l’écran… et avoir conséquemment consommé beaucoup d’Advil.
Un projet «titanesque»
Patrick Huard, auteur, réalisateur, comédien principal et producteur de la série, et sa conjointe Anik Jean (coréalisatrice, coproductrice et compositrice des musiques) ont senti un poids énorme tomber de leurs épaules après le visionnement de presse du premier épisode, lundi dernier. Cette épopée Bon Cop, Bad Cop fut, de leur propre aveu, «titanesque».
En 2016, ils avaient tourné le deuxième film Bon Cop, Bad Cop (d’une durée de deux heures) en 43 jours; en 2025, ils en ont eu seulement 42 pour filmer les six heures de la série. Et l’aventure n’a pas été de tout repos.
Le couple ne dissimule pas sa fierté devant le produit fini, une comédie policière pétaradante d’effets spéciaux qui ne se prend pas au sérieux. Peu tourné vers l’émotion et la psychologie des personnages à la première heure, on devine que le récit gagnera peut-être en profondeur au fil de son avancement.
Le tandem Huard – Jean, dont le fils Nathan Jean-Huard joue également dans l’émission, se réjouit par ailleurs d’avoir tendu la main à la communauté mi’kmaq de Gesgapegiag, en Gaspésie. C’est là que se déroule une large part de l’intrigue de ce Bon Cop, Bad Cop du petit écran.
C’est en effet pour résoudre l’affaire de la disparition d’un chef autochtone en Gaspésie que David Bouchard et Martin Ward devront s’allier à nouveau, à leur corps défendant… ou pas.
Et Colm Feore?
Attaquons l’éléphant dans la pièce: l’absence de Colm Feore. La question a beaucoup été posée à Patrick Huard depuis un an.
Covedette de Huard dans les deux longs métrages Bon Cop, Bad Cop, Colm Feore avait paraphé son contrat pour jouer dans la mouture télévisée. Mais l’acteur de Pearl Harbor a finalement abandonné le projet à quelques jours du tournage, l’été dernier.
Que s’est-il passé? Ne comptez pas sur Patrick Huard pour vous le dire, lui qui devient très émotif lorsqu’on aborde le sujet.
«Il va falloir l’appeler, lui. Moi, je ne veux pas répondre à sa place», a poliment répondu l’artiste lorsque les journalistes lui ont posé la question, en visionnement de presse.
Patrick Huard n’hésite toutefois pas à raconter qu’il avait préparé une «version B» de son scénario, au cas où aucun deuxième comédien n’aurait été trouvé pour incarner le «Bad Cop» de son histoire. Dans les jours précédant les premiers tours de manivelle, son équipe était «sur le qui-vive», dit-il, et ne savait pas laquelle des deux versions serait tournée.
Dans la communauté de Gesgapegiag, les locations pour la production avaient été réservées, au prix d’une confiance durement gagnée auprès de ses habitants. Sarah-Jeanne Labrosse, enceinte jusqu’aux yeux de son troisième enfant, pouvait accoucher n’importe quand (son fils est finalement né deux semaines après la fin du tournage). Les budgets étaient serrés. Le temps pressait, le tournage ne pouvait être repoussé indéfiniment.
Voilà pourquoi Patrick Huard ne ménage aucune fleur à l’égard de son nouveau partenaire, Henry Czerny (vu autant dans Les Garçons de Saint-Vincent que dans Mission impossible et La panthère rose). Czerny a remplacé Colm Feore au pied levé dans le rôle de Martin Ward.
«Il a sauvé le truc. On s’est beaucoup parlé en FaceTime, de ses insécurités, du scénario, de ce que lui voulait faire. Non seulement il sautait dans un train en marche, celui de Bon Cop, Bad Cop, mais en plus, quand il a accepté d’embarquer et de me faire confiance, il est arrivé direct sur la communauté de Gesgapegiag, dans le fin fond de la Gaspésie, où ça parle trois langues. Lui, il est arrivé là-dedans vraiment comme fish out of the water [poisson hors de l’eau]. Et il a cliqué avec tout le monde. Et, et au milieu de la deuxième journée, moi, c’était comme si ça faisait 10 ans que je tournais avec ce gars-là. Tout se passait tellement naturellement: la communication, la confiance, les suggestions…»
«Il amène quelque chose de super attachant au personnage, que j’adore», ajoute le grand manitou de l’entreprise Bon Cop, Bad Cop. «Avec sa moustache, ses yeux bleus comme la mer… Henry a fait beaucoup de comédies, il a joué avec des Steve Martin de ce monde. On sent son confort par rapport à l’humour.»
Un documentaire sur les coulisses de la production, intitulé Bon Cop, Bad Cop: Histoire de familles, réalisé par Anik Jean, sera mis en ligne sur Crave le 4 juin.