La guerre civile au Yémen fait rage depuis plus de deux ans. Mais dans l’ombre du conflit, une épidémie sans précédent de choléra ravage également le petit pays de la péninsule d’Arabie. En raison des affrontements armés qui ont détruit les infrastructures du pays, le Yémen traverse une crise sanitaire majeure. La maladie, qui provoque des vomissements et des diarrhées menant à la déshydratation, est maintenant hors de contrôle, alors qu’elle est traitable en temps normal. Métro a discuté de la situation avec Iolanda Jaquemet, porte-parole de la Croix-Rouge au Moyen-Orient.

Quel est l’état de la crise du choléra au Yémen à l’heure actuelle?
Nous sommes rendus à près d’un demi-million de cas et à près de 2000 décès. C’est une épidémie majeure, du jamais vu. En comparaison, il y a eu 172 000 cas suspectés dans le monde en 2015, selon l’Organisation mondiale de la santé. Ici, dans un seul pays, on dépasse 500 000 cas en moins de 4 mois. Un Yéménite sur 54 aurait développé le choléra.

Quelles sont les causes de l’épidémie?
Il s’agit d’une conséquence directe du conflit armé qui secoue le Yémen depuis mars 2015. Le choléra est présent dans l’eau et se transmet rapidement dans des environnements pollués, comme les villes où les conditions d’hygiène sont mauvaises. Au Yémen, plusieurs usines de traitement des eaux et systèmes d’égout ne fonctionnent pas parce qu’ils ont été endommagés par la guerre, et manquent d’entretien ou d’électricité. Le résultat, c’est que la moitié des 27 millions d’habitants de ce pays n’ont pas accès à une eau propre. De plus, les déchets s’accumulent dans les villes puisque les employés municipaux, tout comme les fonctionnaires et les médecins, n’ont pas été payés depuis plus d’un an. Les conditions sont parfaites pour une propagation du choléra.

Comment les autorités gèrent-elles la crise?
Deux semaines après le déclenchement de l’épidémie, les autorités ont déclaré l’état d’urgence et demandé l’aide des organisations humanitaires présentes dans le pays. Avec un système de santé en lambeaux ­– moins de la moitié des infrastructures fonctionnent en raison du manque de médicaments, de carburant, et des employés qui ne sont pas payés –, elles n’étaient pas en mesure de répondre à une telle crise. Grâce à l’intervention des ONG, dont la Croix-Rouge, le taux de mortalité a grandement diminué, tout comme la vitesse de la contagion. Malgré tout, nous nous attendons à ce que la maladie affecte jusqu’à 600 000 personnes. Avec la saison des pluies, les choses pourraient empirer.

Quels sont les principaux obstacles auxquels fait face une organisation comme 
la Croix-Rouge?
Il y a plusieurs défis. L’un d’eux est l’absence de respect des lois de la guerre par les différents groupes impliqués au Yémen. Viser les civils, les infrastructures comme les usines de traitements des eaux, les égouts et les hôpitaux est interdit par la loi internationale. Pourtant, cela se produit toujours. Un autre obstacle est la restriction des importations. Avant le conflit, le Yémen importait 90% de ses biens. Depuis, les importations ont diminué de moitié. Les prix ont du même coup explosé. Il manque de médicaments et la plupart des gens ne peuvent pas les acheter. On manque de nourriture, de carburant, de pièces de rechange pour les centrales électriques, les usines de traitement des eaux, les égouts, etc. Également, comme le Yémen est divisé par une ligne de front, il est très difficile et dangereux d’acheminer l’aide humanitaire dans le pays.

À quoi peut-on s’attendre dans les prochains mois?
Malheureusement, nous ne voyons aucun signe d’amélioration en ce moment. En matière de santé publique, avec un système de santé à genoux, on peut se demander ce qui va suivre l’épidémie de choléra. Les organisations humanitaires, dont la nôtre, font ce qu’elles peuvent. Mais une ONG ne peut pas gérer un pays entier. Seule une solution politique peut mettre fin à cette grande souffrance.

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