Martin Meissner

LA HAYE, Pays-Bas — L’ancien commandant militaire des Serbes bosniaques, le général Ratko Mladic, a été reconnu coupable mercredi de crimes de guerre et de génocide. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie l’a ensuite condamné à la prison à vie pour les atrocités commises pendant la guerre de Bosnie, entre 1992 et 1995.

L’homme de 75 ans a été reconnu coupable d’avoir commandé les forces qui ont commis certaines des pires atrocités du conflit — notamment le siège de la capitale, Sarajevo, pendant trois ans, et le massacre en 1995 de quelque 8000 musulmans dans l’enclave de Srebrenica, soit le pire massacre en sol européen depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

Le comité de trois juges a conclu à la culpabilité de Mladic quant à dix des onze accusations qui pesaient contre lui.

Son avocat a rapidement annoncé son intention de porter la décision en appel.

Le juge en chef Alphons Orie a expulsé Mladic de la salle d’audience avant de lire le verdict, après que l’ancien chef de guerre eut crié aux juges: «Tout ce que vous dites ne sont que des mensonges. Vous devriez avoir honte!»

Mladic a été confiné à une pièce voisine pour entendre la décision du juge Orie. »Les crimes qui ont été commis comptent par les plus odieux connus de l’humanité», a dit le magistrat.

Les organisations de défense des droits de la personne estiment que le verdict démontre que même les plus hauts dirigeants militaires ne peuvent échapper éternellement à la justice, même s’ils peuvent paraître intouchables pendant un moment. Mladic s’est caché pendant une dizaine d’années avant d’être finalement arrêté en 2011.

«Ce verdict (…) est un point tournant pour la justice internationale et envoie un message puissant que l’impunité ne peut pas et ne sera pas tolérée», a déclaré le directeur d’Amnistie internationale en Europe, John Dalhuisen.

Les mères des victimes de Srebrenica ont applaudi quand les condamnations ont été annoncées. Le fils de Mladic, Darko, a dit ne pas être surpris puisque, selon lui, «le tribunal est biaisé depuis le début».

Le juge Orie a récité une litanie des horreurs perpétrées par les forces que contrôlait Mladic.

«Des détenus ont été contraints de se violer ou de perpétrer des actes sexuels dégradants les uns sur les autres, a-t-il rappelé. Des musulmanes bosniaques ont été violées.»

Il a raconté l’histoire d’une femme qui s’est aventurée avec son fils de sept ans dans les rues de Sarajevo pendant le siège de la ville. Elle a été atteinte d’une balle qui lui a traversé l’abdomen avant de frapper l’enfant à la tête, le tuant.

À Srebrenica, a poursuivi le juge Orie, plusieurs «hommes et garçons ont été insultés, menacés, forcés de chanter des chansons serbes et battus en attendant leur exécution».

Bosniaques et Serbes attendaient avec anticipation ce verdict, qui marque la fin du dernier procès de ce tribunal créé en 1993 pendant que les combats faisaient toujours rage. Les émotions étaient à vif dans la salle d’audience et une petite échauffourée a éclaté, témoignant des tensions qui perdurent entre Bosniaques et Serbes.

Malgré sa santé défaillante, Mladic a paru détendu quand il s’est présenté devant le tribunal, saluant ses avocats et montrant ses pouces levés aux photographes. Il a hoché de la tête quand le juge Orie a commencé à énumérer les atrocités commises par les forces bosniaques, puis son avocat a demandé une pause en raison de la pression artérielle élevée de l’ancien général.

Le juge a refusé, et Mladic a été expulsé quand il s’est emporté.

Le conflit dans l’ex-Yougoslavie a éclaté quand l’ancienne fédération multiethnique s’est désintégrée au début des années 1990, et les pires crimes ont été commis en Bosnie. La guerre a fait plus de 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés.

L’ancien patron politique de Mladic, Radovan Karadzic, a été lui aussi reconnu coupable de génocide l’an dernier et condamné à 40 ans de prison.

L’ancien président Slobodan Milosevic est mort en prison en 2006, avant l’annonce d’un verdict.

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