AP

TÉHÉRAN, Iran — Des dizaines de milliers de personnes ont participé à des manifestations progouvernementales dans plusieurs villes à travers l’Iran mercredi, a rapporté la télévision officielle iranienne, dans une apparente tentative pour calmer les esprits après une semaine de manifestations ayant fait 21 morts.

Alors que ces rassemblements témoignent du soutien dont bénéficie le gouvernement religieux du pays au sein de la population de quelque 80 millions d’habitants, le mouvement de contestation né dans les centres urbains semblait s’être propagé à des villes et villages de la campagne iranienne, selon les vidéos publiées par des protestataires.

Les médias officiels et semi-officiels n’ont pas immédiatement offert de détails sur les manifestations antigouvernementales survenues mercredi. Les vidéos des manifestants correspondent toutefois à ce que l’Associated Press a pu observer depuis l’extérieur de l’Iran, et ce, même s’il ne lui a pas été possible de discuter directement avec des protestataires. Pour le moment, le mouvement ne semble toujours pas avoir de chef.

La récente vague de manifestations, la plus importante à avoir ébranlé l’Iran depuis l’élection présidentielle de 2009, a commencé à Mechhed, deuxième ville la plus peuplée du pays et bastion ultraconservateur, le 28 décembre.

Mercredi, la télévision iranienne a fait état de manifestations progouvernementales dans des dizaines de villes et de villages, incluant Ahvaz, capitale de la province pétrolière de Khuzestan, dans la ville kurde de Kermanshah, dans l’ouest, et à Qom, capitale religieuse de l’islam chiite en Iran.

Toutes ces villes ont connu des manifestations d’opposition au régime ces derniers jours.

Ne pas attiser davantage la violence

Le gouvernement «ne devrait pas punir indifféremment les coupables et les innocents», a affirmé Mohamad Hossein Vakili, un étudiant en science informatique à Téhéran, âgé de 20 ans, qui peine à trouver un emploi de qualité et qui s’est joint à des manifestations pacifiques.

«Pourquoi devraient-ils arrêter quelqu’un comme moi qui manifeste contre la hausse du prix des oeufs?», a-t-il fait valoir.

Le haut-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a appelé l’Iran à enquêter sur tous les incidents ayant fait des morts dans les manifestations et à agir «avec grand soin afin de ne pas attiser davantage la violence et l’instabilité».

«Les autorités iraniennes doivent respecter les droits de tous les manifestants et détenus, notamment leur droit à la vie, et la garantie de leur sécurité», a dit Zeid Ra’ad al-Hussein par communiqué.

Les autorités iraniennes ont minimisé l’ampleur des manifestations. Des responsables turcs ont affirmé mercredi que le président iranien Hassan Rouhani avait dit à son homologue turc lors d’un appel téléphonique qu’il espérait que les manifestations «prennent fin dans quelques jours». Le bureau de M. Rouhani n’a pas fait mention de ce commentaire.

La télévision d’État a cité le puissant chef de la Garde révolutionnaire, le général Mohammad Ali Jafari, disant que mercredi marquait «la fin de la sédition».

Il demeure ardu pour les journalistes d’avoir un portrait complet de ce qui se passe dans la capitale, en raison notamment du fait que le gouvernement a bloqué l’application de partage de photos Instagram et l’application de messagerie Telegram, que les manifestants ont utilisées pour organiser les rassemblements et partager des images.

Mais des vidéos en ligne ayant fait surface mercredi semblent montrer la poursuite de manifestations dans les provinces.

Si le mouvement de contestation portait au départ sur la faiblesse de l’économie iranienne et la hausse des prix des aliments, il s’est depuis transformé en une revendication plus large contre le gouvernement religieux de la République islamique.

Mardi, le guide suprême de l’Iran, l’ayatollah Ali Khamenei, avait mis les manifestations sur le compte des «ennemis» du pays, qu’il a accusés d’interférer avec les affaires iraniennes.

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