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Pendant que les institutions financières assistent avec effroi 
à la montée spectaculaire des cryptomonnaies, ces devises virtuelles comme le bitcoin, certains croient qu’elles constituent une révolution monétaire.

Métro s’est intéressé à l’avenir de cet enjeu qui représente peut-être un véritable changement dans le paradigme financier.

L’année 2017 est devenue l’année des cryptomonnaies. La plus connue d’entre elles, le bitcoin, a atteint une notoriété et une crédibilité mondiales après avoir vu sa valeur multipliée par 12.

Et même si son coût d’achat a chuté de 19 000$US à 11 000$US (de 23 700$ à 13 700$), la monnaie virtuelle est déjà en train de remonter, atteignant la marque des 14 000$US (17 455$) le 1er janvier dernier.

Lancé en 2009 en réponse à la crise financière de 2008, le bitcoin ne fait partie d’aucun système bancaire et n’est soutenu par aucune institution financière officielle comme une banque centrale.

Il n’y a pas de vérification externe qui tienne un registre des activités du bitcoin, sauf l’organisation Bitcoin elle-même­.

Son prix, selon les économistes, dépend exclusivement de la spéculation. Et lorsque ce prix n’est pas réglementé par des institutions financières mais simplement par une dynamique d’offre et de demande, un bien peut se comporter comme une bulle qui ne mettrait pas longtemps à éclater.

Toutefois, plusieurs entreprises, commerces et bars dans le monde acceptent déjà des paiements en bitcoins.

Goldman Sachs, un des plus grands groupes financiers au monde, a annoncé l’ouverture d’un portfolio exclusivement réservé aux investissements dans le bitcoin, signe que cette monnaie pourrait avoir un avenir viable.

Le système d’enregistrement A Bitcoin attire l’attention. Créé par les ordinateurs d’utilisateurs partout sur la planète, on le nomme le Blockchain.

Les experts croient qu’il s’agit de la véritable innovation derrière le bitcoin et les investisseurs y voient un intérêt certain.

«J’ai entendu parler de cryptomonnaie pour la première fois en juin 2017», affirme Lázaro, un investisseur qui a accepté de parlé à Métro à la condition de rester anonyme. «J’ai aimé ce qui se trouvait derrière le projet. Le Blockchain, par exemple, est une véritable révolution.»

Lázaro aime l’idée de la «démocratisation» de l’argent, ce qui, selon lui, est la motivation à l’origine de la création du bitcoin.

«En ne dépendant d’aucune institution bancaire officielle, un système se crée en parallèle de l’argent. C’est une transformation radicale de l’économie, c’est quelque chose qui va tout changer», explique-t-il.

Chaque bitcoin a son empreinte. L’historique de chaque transaction qui a affecté son prix est emmagasiné dans une chaîne d’information appellée le Blockchain, qui ne peut pas être falsifiée.

«Quand on parle de cryptomonnaie, on parle des possibilités que nous offre la technologie du Blockchain.

Ça permet aussi de changer la manière dont nous organisons l’information, c’est-à-dire de manière décentralisée, sans l’implication d’une tierce personne ou d’une autorité centrale.

L’industrie au complet pourrait être perturbée, mais on pourrait aussi réduire le nombre de fraudes et faire baisser les coûts pour plusieurs secteurs où les intermédiaires disparaîtront», avance Bobby Ong, cofondateur de CoinGecko, un site internet qui trouve, identifie et analyse les diverses cryptomonnaies.

Ainsi, les investisseurs laissent leur trace anonymement : le système leur donne un pseudonyme et c’est le système qui autorise (grâce aux «mines» de bitcoins) les transactions. Personne ne peut savoir qui a investi dans un bitcoin. Et c’est ce qui génère la méfiance.

La peur du bitcoin

Des lauréats du prix Nobel d’économie comme Joseph­ Stiglitz ont mis en garde contre les dangers du bitcoin. «Les gens veulent une monnaie alternative parce qu’ils veulent commettre des crimes : le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale», dit-il.

«Les bitcoins ont quelques caractéristiques qui en font des outils idéaux pour les cybercriminels: ils ne sont pas contrôlés par les entités bancaires ou par les organes de contrôle et ils favorisent l’anonymat de ceux qui prennent part à la transaction», explique Denise Giusto Bilic, spécialiste en sécurité informatique.

Et Mme Giusto ajoute ceci : bien que l’anonymat offert par le système soit amélioré par l’utilisation d’autres outils technologiques qui permettent des paiements frauduleux, les moyens de contrer l’utilisation criminelle des cryptomonnaies sont en train de devenir réalité.

«Par exemple, le Financial Crimes Enforcement Network est un corps policier voué à la surveillance des transactions de bitcoins aux États-Unis. Ils travaillent à légiférer les portefeuilles numériques et les cryptomonnaies.

Les utilisateurs et les enthousiastes du bitcoin attribuent généralement la peur à une réaction naturelle des gens à la nouveauté. «Il faut s’attendre à ce que les institutions et les gens liés au système officiel nous avertissent des dangers des cryptomonnaies», avance Lázaro.

«Au plus profond d’eux-mêmes, ils savent que le bitcoin remet leur rôle en question. Il leur demande: pourquoi devrait-on dépendre d’une entité qui a des intérêts privés? Pourquoi devrions-nous être assujettis à des décisions prises entre quatre murs? Les cryptomonnaies sont régies par ceux qui participent à leur système.»

«Je suis fier de faire partie de cette révolution, de pouvoir vivre ce moment», conclut-il.

Pour les investisseurs

Les cryptomonnaies 
à surveiller en 2018:

  • Cardaon est une plateforme décentralisée qui se distingue en offrant la possibilité de programmer des transferts d’argent. C’est une chaîne de blocs qui fonctionne comme une cryptomonnaie.
  • Apparu en 2014, IOTA se définit comme un «livre de compte à code source ouvert» qui n’utilise pas le Blockchain. Il propose une vitesse de transfert sans égale.
  • NEO est une cryptomonnaie chinoise créée en 2014. Elle
a pour but de transformer l’économie traditionnelle 
en économie intelligente.
  • Ripple a commencé en 2012 et s’appelait OpenCoin. L’idée centrale est d’offrir une solution rapide et à code source ouvert aux institutions financières en permettant
les transferts d’argent
rapides et abordables.

Entrevue

Bobby Ong, cofondateur 
du site CoinGecko

Pourquoi le bitcoin a-t-il autant augmenté en 2017?
Il y a eu une augmentation énorme du prix à cause de l’intérêt des grandes banques dans les cryptomonnaies. En 2017, nous avons vu le lancement de contrats à terme pour le bitcoin, permettant ainsi à des fonds d’investissement d’avoir une prise sur 
le bitcoin, [plus difficile d’accès aux États-Unis à cause des législations en vigueur]. 2017 a aussi vu les banques de Wall Street comme Goldman Sachs annoncer qu’elles allaient créer des bureaux d’échange, facilitant ainsi le commerce et les investissements, ce qui fait monter le prix.

Plusieurs ont dit que le bitcoin est une bulle financière, alors que d’autres affirment qu’il pourrait 
un jour remplacer 
l’argent traditionnel
Nous sommes probablement dans une bulle de cryptomonnaie puisque les prix ont augmenté énormément en 2017. On a vu un ajustement quand le bitcoin est passé de 19 000$ à 13 000$. Il est très volatile et les frais de transaction sont devenus très élevés (entre 20 et 40$ par transaction). Cette année pourrait voir l’arrivée de plus de mesures d’encadrement, légitimant ainsi l’industrie. Les investisseurs doivent quand même agir avec prudence.

Quel est l’avenir
des cryptomonnaies?
L’essence des cryptomonnaies réside dans la décentralisation et nous allons observer une tendance vers cette façon de faire d’ici une décennie. De petites entreprises et des start-ups vont naître avec le but de rendre le monde plus décentralisé.

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