AP Andrzej Duda

Le président polonais Andrzej Duda a promulgué mardi une loi controversée sur l’Holocauste, malgré les protestations d’Israël et des États-Unis.

La nouvelle législation prévoit des peines allant jusqu’à trois ans de prison pour ceux qui feraient mention du terme « camps de la mort polonais » et quiconque laisserait entendre « publiquement et en dépit des faits » que la nation ou l’Etat polonais ont été complices des crimes de guerre de l’Allemagne nationale-socialiste.

Dans une allocution télévisée, le président Duda a déclaré que cette loi visait à défendre « la dignité de la Pologne et la vérité historique », en protégeant l’Etat et la nation contre les « calomnies ».

« (Cette loi) prend en compte la sensibilité de ceux pour qui la vérité historique et la mémoire de l’Holocauste sont incroyablement importantes », a-t-il dit aussi.

Duda a précisé qu’il allait demander au Tribunal constitutionnel des clarifications sur le texte. Celles-ci devraient être publiées après son entrée en vigueur.

La loi devrait être transmise au Tribunal constitutionnel d’ici une semaine, a expliqué sur la chaîne publique TVP le principal conseiller de Duda en politique étrangère, Krzysztof Szczerski.

Le parti Droit et Justice (PiS), la formation de droite nationaliste et conservatrice au pouvoir à Varsovie, estime que cette loi est nécessaire pour protéger la mémoire des Polonais, victimes de l’agression nazie.

« RESPONSABILITÉ COMMUNE »

Israël a demandé que des modifications soient apportées à la loi, estimant que les deux pays ont une « responsabilité commune » de préserver la mémoire de l’Holocauste.

Cette loi va restreindre la liberté d’expression, rendre criminels des faits historiques fondamentaux et empêcher toute discussion sur le rôle joué par certains Polonais dans les crimes nazis, a affirmé Israël.

« Nous espérons que dans le temps imparti, avant que la cour ne rende ses conclusions, nous parviendrons à trouver un accord pour des changements et des corrections », a déclaré via Twitter le gouvernement israélien.

Différents groupes communautaires polonais ont souligné ensemble que l’adoption de la loi par le Parlement, fin janvier, avait favorisé la montée de l’anti-sémitisme.

Les Etats-Unis, alliés de la Pologne, ont fait part de leur déception. Ce texte « risque de nuire à la liberté d’expression et aux échanges entre universitaires », a estimé le département d’Etat américain.

Avant l’annonce de la promulgation par le président polonais, la porte-parole du gouvernement conservateur, Joanna Kopcinska, avait indiqué qu’un dialogue pourrait rapidement s’engager avec Israël.

Le ministre israélien de l’Education, Naftali Bennet, qui avait dénoncé la nouvelle législation, s’est dit « honoré » de voir que la Pologne avait annulé la visite qu’il devait effectuer cette semaine à Varsovie.

Six mille sept cents « justes »
Les Polonais se battent depuis des années contre le recours à des formules comme « camps de la mort polonais », qui laissent penser que la Pologne est au moins pour partie responsable des camps d’extermination ouverts par les nazis.

De tels camps, comme Auschwitz, Treblinka ou Sobibor, avaient été construits et utilisés par les nazis après l’invasion en 1939 de la Pologne, où vivait alors la plus grande communauté juive d’Europe, avec 3,2 millions de personnes.

Plus de trois millions de ces 3,2 millions de Juifs polonais ont été exterminés par les nazis, soit la moitié des Juifs massacrés durant l’Holocauste.

Selon les chiffres du musée du mémorial américain de l’Holocauste, les Allemands ont également tué au moins 1,9 million de civils polonais non juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

Selon le centre israélien Yad Vashem, entre 30.000 et 35.000 juifs, soit environ 1% de la communauté juive de Pologne, ont été sauvés grâce à l’aide de Polonais. Plus de 6.700 Polonais, soit le contingent le plus important d’un pays, ont été qualifiés de « Justes parmi les Nations ».

Mais ces dernières années, un débat public douloureux s’est engagé en Pologne sur la culpabilité et la réconciliation touchant à l’Holocauste, après publication de recherches montrant que certains Polonais avaient pris part aux atrocités commises par les nazis.

Nombre de Polonais refusent d’accepter ce type de recherches, qui remettent en cause l’idée que leur pays a été uniquement victime. (Pawel Sobczak, Marcin Goettig et Anna Wlodarczak-Semczuk; Henri-Pierre André, Danielle Rouquié, Guy Kerivel et Jean Terzian pour le service français)

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