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DUBLIN — Les électeurs de toute l’Irlande participaient vendredi à un référendum qui pourrait conduire à un assouplissement de l’interdiction stricte de la plupart des avortements.

Le référendum de vendredi décidera si le huitième amendement de la constitution est abrogé, ce qui ouvrirait la voie à une législation plus libérale.

L’amendement, en vigueur depuis 1983, exige que les autorités protègent également le droit à la vie de la mère et celui du fœtus, et ce, dès la conception.

Le premier ministre Leo Varadkar a indiqué sur Twitter son soutien au projet de loi avant qu’un moratoire sur la campagne ne prenne effet jeudi. Il a exhorté les gens à voter «oui» en faveur de l’abrogation.

D’après un sondage mené à la sortie des bureaux de vote, le «oui» serait largement majoritaire. La firme Ipsos-MRBI, qui a réalisé le coup de sonde, donne 68 pour cent des voix en faveur du changement et 32 pour cent des voix contre. Quelque 4000 répondants ont été interrogés et la marge d’erreur est établie à plus ou moins 1,5 point.

Les résultats ne sont pas attendus avant samedi après-midi ou en soirée. Le vote a déjà eu lieu sur les îles irlandaises afin que les bulletins de vote puissent être acheminés vers le continent et comptés à temps.

Il faisait beau vendredi matin dans la capitale, Dublin, et dans une grande partie du pays, un facteur qui pourrait aider les forces du «oui» en faveur de l’abrogation à obtenir la forte participation qu’elles recherchent.

Les militants du «oui» distribuaient des autocollants à plusieurs grands carrefours pédestres vendredi matin. Plusieurs Irlandais ont voté en allant au travail et arboraient des boutons «J’ai voté».

Les sondages suggèrent un changement continu d’attitude en Irlande, un pays traditionnellement catholique qui en a surpris plusieurs en votant en faveur du mariage homosexuel en 2015. Les deux camps conviennent généralement que la campagne frénétique avant le vote de vendredi n’a pas produit le changement dramatique de l’opinion publique que les militants antiavortement espéraient.

Le scrutin de vendredi est la quatrième fois en autant de décennies que les électeurs irlandais seront invités à se prononcer sur la question de l’avortement.

Mais cette fois le débat a été brouillé par deux facteurs auxquels les électeurs n’ont jamais été confrontés: le pouvoir extraordinaire des médias sociaux et la disponibilité accrue sur le Web de nouveaux médicaments qui permettent aux femmes de prendre des décisions graves concernant la fin de leur grossesse, chez elles.

Facebook et Google ont tous deux pris des mesures pour restreindre ou supprimer les publicités relatives au référendum dans le but de répondre aux préoccupations mondiales concernant l’influence des médias sociaux lors des campagnes politiques, de la présidentielle américaine au Brexit.

La question de l’avortement été réexaminée à plusieurs reprises après des «cas difficiles» et déchirants qui, selon les militants des droits à l’avortement, exposaient les femmes vulnérables à des choix impossibles — et même, parfois, à la mort.

L’avortement n’est légal en Irlande que dans de rares cas où la vie de la femme est en danger, et plusieurs milliers de femmes irlandaises voyagent chaque année pour mettre fin à des grossesses au Royaume-Uni voisin. Ce nombre a considérablement diminué au cours des dernières années, les femmes se tournant vers des sites Web pour importer illégalement des médicaments qui mettent fin aux grossesses.

Le quotidien The Irish Times a déclaré jeudi dans son éditorial que l’interdiction constitutionnelle de l’avortement doit être abrogée parce qu’elle a laissé les médecins confus quant à ce qui est légal et poussé les femmes à voyager à l’étranger «dans le secret et la honte» pour les avortements.

Le quotidien cite en exemple le «spectacle grotesque» d’une adolescente de 14 ans devenue enceinte après avoir été violée. Suicidaire, l’adolescente s’est battue jusqu’en Cour suprême quand le gouvernement l’a empêchée de voyager pour se faire avorter.

Dans un effort pour neutraliser l’argument des «cas difficiles», certains militants antiavortement ont récemment changé d’attitude, suggérant même que de nouvelles lois pourraient être adoptées pour permettre des avortements dans certains cas limités.

Mais ce compromis a été rejeté par le premier ministre Varadkar, un médecin qui a dit que ce sont les «lois dures du pays qui créent des cas difficiles».

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