AFP M.J. Akbar

Le mouvement contre le harcèlement sexuel #MoiAussi a empoché hier sa première victoire de taille en Inde, avec la démission d’un ministre du gouvernement nationaliste hindou accusé par une vingtaine de femmes.

Vétéran du journalisme devenu ministre de seconde classe des Affaires étrangères — équivalent d’un secrétaire d’État français — du gouvernement de Narendra Modi, M.J. Akbar a annoncé mercredi renoncer à ses fonctions pour se défendre à titre personnel des accusations d’inconduite sexuelle qu’il dément.

«J’estime approprié d’abandonner mes responsabilités et de combattre les fausses accusations contre moi, également en ma capacité personnelle», a déclaré M. Akbar, 67 ans, dans un communiqué intervenant après plus d’une semaine de tempête médiatique.

Réalisateurs, humoristes, journalistes… Plusieurs personnalités indiennes de l’industrie du spectacle et des médias se sont vues accusées publiquement ces derniers jours de comportement inapproprié envers des femmes dans cette société patriarcale.

Dans un télescopage de l’actualité, la condition des femmes en Inde était mercredi au coeur de l’autre sujet du jour dans le pays. De violents heurts se déroulaient autour de l’ouverture aux femmes d’un grand temple hindou du Kerala (sud), suite à une décision de justice combattue par les traditionalistes.

La campagne féministe #MoiAussi a d’ores et déjà entraîné une série de démissions et d’enquêtes internes dans le géant d’Asie du Sud depuis le début du mois d’octobre, trouvant un écho dans cette nation de 1,25 milliard d’habitants plus d’un an après son apparition aux États-Unis.

Figure la plus en vue des personnalités ciblées, M.J. Akbar est accusé d’avances sexuelles inappropriées envers des femmes journalistes débutant dans le métier, à l’époque où il occupait des postes à responsabilité dans les médias. Il a engagé ce week-end des poursuites en diffamation contre la première femme à l’avoir publiquement ciblé, la journaliste Priya Ramani.

Le parti du Congrès, principale formation d’opposition, a vu dans sa démission le «pouvoir de la vérité» et fustigé le silence du Premier ministre Modi sur le sujet.

Priya Ramani avait révélé la semaine dernière dans un tweet devenu viral qu’il était le rédacteur en chef anonyme qu’elle avait décrit dans un article paru l’année dernière.

Le texte relatait un entretien d’embauche qu’il lui avait fait passer, lorsqu’elle avait 23 ans et lui 43, dans sa chambre d’un hôtel chic de Bombay. «Il s’avère que vous chassiez en prédateur de façon aussi talentueuse que vous écriviez», y estime la journaliste.

«Vous êtes un expert d’appels téléphoniques, de textos obscènes […] Vous savez pincer, tapoter, frotter, attraper et agresser. Parler contre vous coûte encore un lourd tribut que beaucoup de jeunes femmes ne peuvent se permettre de payer», ajoute-t-elle dans cette lettre ouverte publiée par Vogue India.

En solidarité contre les poursuites engagées, une vingtaine de femmes se sont dites prêtes à témoigner contre celui qui, avant de passer en politique, avait occupé des postes à responsabilités dans des publications prestigieuses comme The Telegraph, Asian Age et The Sunday Guardian.

«En tant que femmes, nous nous sentons renforcées par la démission de MJ Akbar. J’attends avec impatience le jour où j’obtiendrai également justice au tribunal #MeToo [#MoiAussi]», a réagi l’accusatrice Priya Ramani.

Les révélations dans le cadre du mouvement #MoiAussi font la une des médias locaux depuis une dizaine de jours.

L’étincelle est partie d’une comédienne de Bollywood, Tanushree Dutta, qui a réitéré dans une interview ses accusations de conduite déplacée de la part du célèbre acteur Nana Patekar — qui nie — durant le tournage d’une comédie romantique en 2008.

Le mouvement s’est ensuite diffusé sur les réseaux sociaux, où les témoignages de harcèlement sexuel ont déferlé de la part de femmes généralement issues de la petite élite urbaine et éduquée du pays.

Vendredi, le tournage d’un film de Bollywood a été stoppé à la suite d’accusations de harcèlement sexuel à l’encontre du metteur en scène et d’un acteur, à la demande de l’acteur vedette qui a exigé une enquête «rigoureuse» à ce sujet.

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