Jordan Pouille/MNW Des passants prennent des photos de la Cité interdite depuis la place Tian’anmen.

Alors que l’élection d’Obama fait encore couler beaucoup d’encre, la deuxième plus grande économie mondiale tient son propre scrutin. Le 18e Congrès du Parti communiste a commencé le 8 novembre dernier à Beijing, où des mesures de sécurité uniques ont été mises en place.

Avec des hordes de gardes de sécurité et de bénévoles en renfort, Beijing semble être revenu aux Olympiques de 2008. Mais cette année, les athlètes sont des fonctionnaires influents du Parti communiste chinois.

Plus de 2 200 délégués se sont réunis dans la capitale chinoise à l’occasion du 18e Congrès national du Parti communiste. Le président Hu Jintao et son cabinet remettront le pouvoir à leurs camarades plus jeunes au cours de cette transition faite chaque décennie. L’héritier présumé Xi Jinping sera officiellement nommé chef du parti et prendra le relais en tant que président au mois de mars.

À un si grand événement, il y a peu de place pour l’instabilité.Afin de s’assurer qu’aucun accident ne vienne ternir le Congrès, des douzaines de mines de charbon privées ont été temporairement fermées dans les provinces voisines.

Plusieurs activistes se sont fait fortement recommander de prendre des vacances loin de la capitale chinoise. «Ne trouvez-vous pas que c’est absurde? Ils ont atteint un niveau élevé de psychose», croit le dissident Hu Jia. Il a été conduit dans la ville natale de son père, dans la province d’Anhui.

Dans les grandes rues de Beijing, on peut croiser des «bénévoles de la sécurité» à chaque coin de rue. «Le comité local du parti me paie 6,35 $ par jour pour regarder la rue et appeler la police dès que je vois un fauteur de troubles. Comme je suis à la retraite, c’est une bonne affaire», dit Xiao Ping, 64 ans. Son épicerie s’est vu interdire la vente de couteaux de cuisine, dans le cadre de la répression temporaire.

Selon les autorités, les fauteurs de troubles sont principalement des protestataires venant dans la capitale pour exprimer leur colère face à leur chef de village. Mais les pigeons sont aussi vus comme des provocateurs. Les propriétaires d’oiseaux se doivent de les garder en cage durant le Congrès, et deux courses de pigeons qui ont été reportées au mois de décembre.

Est-ce parce qu’un d’eux comptait de se laisser aller sur les voitures des délégués ou transporter des messages aux dissidents?

Censure
Partout en Chine, le service internet est devenu très lent.

  • Gmail, par exemple, ne fonctionne presque pas, même au centre médias du parti.
  • Sur Weibo, un service semblable à Twitter, les mots-clics «parti» et «congrès» ont été bloqués. Les internautes futés utilisent maintenant le mot-clic «Sparte» pour parler de l’événement.

Les taxis doivent être d’autant plus prudents avec leurs passagers. «Nous sommes censés écrire leurs noms s’ils veulent que nous passions par la place Tian’anmen», affirme un chauffeur de taxi. Les autorités ont enlevé les poignées des fenêtres arrière de ces véhicules, pour empêcher les passagers de distribuer des tracts. «Si j’ai un protestataire dans ma voiture, je dois le conduire directement à une station de police.»

Tous les jours, en face de la barrière sud de la Cité interdite, des milliers de touristes chinois rendent hommage au large portrait de Mao Zedong. Ils remarqueront peut-être le service spécial de police transportant des extincteurs, pour arrêter toute tentative d’immolation par le feu.

Malgré tous ces tracas, quand le reporter de Métro est allé chercher son accréditation pour l’événement, on lui a offert un joli sac à dos du 18e Congrès national du Parti communiste chinois…

Réforme, pas réforme?

Du 8 au 14 novembre, les délégués communistes de toutes les régions de la Chine se joignent pour confirmer le nouveau Comité permanent du Bureau politique : une formation de neuf personnes qui dirigent le pays le plus peuplé du monde et la deuxième économie.

Après avoir applaudi les réalisations du président sortant Hu Jintao, son remplaçant Xi Jinping pourrait déjà annoncer ses plans de réformes. Ou pas. Selon le commentateur chinois Yao Bo, une réforme politique devrait être la priorité du prochain président. «Nous en savons très peu sur lui, mais au moins, il a un passé différent de ses prédécesseurs, croit M. Yao. Il a un doctorat en droit, alors que les autres étaient des ingénieurs. Donc, je crois qu’il sera moins obsédé par le PIB.»

Yao Bo pense que les citoyens chinois devraient être plus actifs sur l’internet : «Si vous ne montrez pas d’intérêt envers la politique, la politique viendra vous influencer, vous limiter dans vos projets et votre liberté d’expression.»

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