The Associated Press Le journaliste Jamal Khashoggi, en 2011

Un responsable turc a affirmé vendredi, un mois après le meurtre de Jamal Khashoggi au consulat saoudien à Istanbul, que son corps démembré avait été dissous alors que la fiancée du journaliste a appelé la communauté internationale à juger les coupables.

«Nous voyons à ce stade qu’ils ne se sont pas contentés de le démembrer, ils s’en sont débarrassé en le dissolvant», a déclaré au quotidien Hürriyet Yasin Aktay, conseiller du président Recep Tayyip Erdogan au sein de l’AKP, le parti au pouvoir.

«Selon les dernières informations dont nous disposons, la raison pour laquelle ils ont découpé le corps, c’est pour le dissoudre plus facilement», a-t-il ajouté.

Lors d’une conférence de presse à Washington jeudi, un porte-parole du Département d’Etat américain, Robert Palladino, a affirmé que «les restes de M. Khashoggi doivent être localisés et restitués à sa famille pour un enterrement approprié le plus tôt possible».

L’éditorialiste Jamal Khashoggi, collaborateur du Washington Post, a été tué le 2 octobre dans le consulat saoudien d’Istanbul où il s’était rendu pour des démarches administratives en vue de son mariage avec une Turque, Hatice Cengiz.

Un mois après sa mort, et malgré les efforts déployés par les autorités turques, son corps, ou ce qu’il en resterait, n’a toujours pas été retrouvé.

«Une Arabie stable»

Dans un communiqué publié mercredi, le parquet d’Istanbul a affirmé que «la victime a été démembrée» et que l’«on s’en est débarrassée», sans pourtant préciser comment.

Après les déclarations du parquet, un responsable turc anonyme a indiqué au Washington Post que les autorités examinaient une piste selon laquelle son corps aurait été dissous dans de l’acide au consulat ou dans la résidence du consul toute proche.

Après avoir d’abord affirmé que Khashoggi avait quitté le consulat peu après s’y être rendu, puis soutenu qu’il était mort dans une rixe, Ryad a fini par évoquer une «opération non autorisée» par le pouvoir.

«Aujourd’hui, je demande à la communauté internationale de prendre des mesures réelles, sérieuses et concrètes pour mettre au jour la vérité et traduire les responsables devant la justice», a écrit Mme Cengiz, sa fiancée turque, dans une tribune publiée dans plusieurs médias dont le quotidien français Le Monde.

Si plusieurs responsables et médias turcs ont directement incriminé le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, dit MBS, Ryad s’efforce de le dédouaner en insistant sur le caractère «non autorisé» de l’opération.

Washington met en effet la pression sur Ryad pour que cette affaire soit élucidée, mais semble accorder le bénéfice du doute à MBS, un puissant allié de Washington au Moyen-Orient.

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a ainsi estimé jeudi qu’il faudrait encore «quelques semaines» avant que les États-Unis disposent de preuves suffisantes pour pouvoir imposer des sanctions aux personnes impliquées dans l’assassinat.

Tout en insistant sur le caractère «inacceptable» du meurtre du journaliste, M. Pompeo a toutefois souligné que les États-Unis avaient «l’intention de s’assurer que (leurs) relations (avec Ryad) restent intactes».

Vendredi, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, dont le pays partage avec l’Arabie saoudite son hostilité à l’Iran chiite, a souligné l’importance de la «stabilité» du royaume saoudien, tout en qualifiant d’«horrible» le meurtre de Khashoggi.

«Il est très important pour la stabilité du monde, pour la région et pour le monde, que l’Arabie saoudite reste stable», a-t-il dit lors d’une visite à Varna.

Selon des information de presse, Washington compte en outre sur le prince ben Salmane pour promouvoir un plan de paix américain attendu au conflit israélo-palestinien et d’ores et déjà rejeté par les Palestiniens qui accusent les États-Unis de s’aligner sur les positions israéliennes.

Les dernières révélations macabres sur les circonstances du meurtre de Khashoggi coïncident avec la «Journée internationale contre l’impunité pour les crimes contre les journalistes» instaurée par l’Unesco et célébrée vendredi.

Depuis 2006, l’agence de l’ONU a condamné les assassinats de 1 010 journalistes et professionnels des médias. Mais neuf cas sur dix n’ont jamais été portés devant la justice, selon un rapport publié jeudi.

Entre le 1er janvier et la fin du mois d’octobre 2018, l’Unesco a recensé le meurtre de 86 journalistes.

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