Victor Char\collaboration spéciale Le libre-service pourra-t-il sauver la presse? C’est ce que croit Hans Adauktusson, le fondateur de Meganews, un kiosque d’impression entièrement automatisé où l’usager imprime lui-même le magazine de son choix.

Reportage de notre chroniqueur Antoine Char, de retour de Suède Meganews, son concepteur suédois, veut en faire une «star» à Stockholm avant de l’exporter dans le monde.

Du haut de ses 2,2 m, il affiche ses couleurs : 200 magazines disponibles jour et nuit. Kiosque robotisé de 700 kg, il imprime à la demande et croit pouvoir sauver la presse écrite tout en se montrant respectueux de l’environnement.

Installée depuis le 19 juin 2013 au centre commercial Mood, en plein cœur de la capitale, la machine de 4,1 m de long attire l’œil… mais les clients ne se bousculent pas au portillon. Une dizaine tout au plus par jour.

Hans Adauktusson, son fondateur de 66 ans, n’est pas inquiet. «Ce nouveau mode de consommation doit faire son chemin. Il s’agit d’une révolution culturelle», affirme-t-il.

Après tout, l’Italie a ses machines distributrices de pizzas. Oui, mais… Adauktusson, homme d’affaires à la retraite, a mis le paquet (il ne dira pas combien) pour sortir la première machine distributrice de magazines au monde. Oui, mais… En Suède, les périodiques se vendent à 90 % par abonnements.

Une fois de plus, «pas de souci» pour Adauktusson, même si, avoue-t-il, tous les jours son portefeuille «se dégonfle un peu plus». Il croit dur comme fer à son kiosque automatisé. Ses trois écrans tactiles permettent au lecteur de feuilleter les revues offertes.

Toutes suédoises. Sauf une : Bloomberg Businessweek.

La machine d’Adauktusson peut en proposer jusqu’à 1 500. «Alors, aucun problème à ajouter tous les titres de la terre!» insiste-t-il fièrement. Une fois le mensuel ou l’hebdomadaire choisi (il n’y a pas encore de quotidiens), il sort en deux minutes dans un bac. Agrafé. Aucune différence visible avec celui acheté dans un kiosque à journaux traditionnel. Les pages ont la même épaisseur, les couleurs des photos et des infographies sont les mêmes. La Japonaise Ricoh, associée à Meganews, veille au grain.

Fini les tracas de distribution
«Nous voulons également offrir au client les numéros antérieurs des magazines, ajoute le fondateur. Pas de problème de stockage et surtout, fini les tracas de distribution. Chez nous, comme probablement chez vous au Canada, 40 % des journaux imprimés de manière traditionnelle ne sont pas vendus et sont directement recyclés.»

Oui, Adautktusson est vraiment fier de sa machine et bombe le torse en montrant le prix décerné à sa firme en décembre pour son «esprit innovateur qui permettra de changer le système traditionnel de distribution d’un secteur industriel sous pression».

Quand il sort l’argument écologique, il jubile.

«Un magazine vendu par Meganews émet 60 % de gaz à effet de serre de moins durant son cycle de vie qu’un journal passé par le circuit traditionnel», fait-il remarquer. Hans Adauktusson a trois kiosques numériques en Suède et rêve déjà au marché étranger. Il veut vraiment imprimer sa marque dans un monde médiatique en pleine mutation.

Royaume des magazines
Ce ne sont pas des records mondiaux, mais en Suède, le monde des périodiques se porte bien.

  • 360 magazines pour 9,5 millions d’habitants.
  • 39 millions de lecteurs par mois.
  • Un Suédois de 16 à 80 ans lit en moyenne 5,3 magazines.

Meganews. Une bonne idée, mais…

Après avoir exporté ses Volvo et ses SAAB, révolutionné l’industrie du meuble avec IKEA, dominé la musique pop des années 1980 avec le groupe Abba, et lancé des journaux gratuits dans le monde avec Metro International, les Suédois vont-ils faire sentir leur présence avec le kiosque numérique proposé par Meganews?

Peut-être… Si le lecteur accepte d’attendre deux bonnes minutes avant d’avoir son titre préféré entre les mains. Il a un concurrent de taille : le téléphone intelligent. En quelques secondes, le «mobinaute» est au courant de l’actualité. Ça lui suffit et c’est gratuit.

Le «mobile» est d’ailleurs le principal moteur de croissance pour le lectorat de la presse écrite. Alors, Meganews, une bonne idée qui arrive trop tard?

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La crise qui secoue l’Europe depuis 2008 a provoqué un important déclin des revenus publicitaires de la presse suédoise, mais c’est surtout la démocratisation d’internet qui réduit la vente d’imprimés, selon le European Journalism Center./Victor Char

Crise de la presse écrite. Salut ou agonie?

Baisse des ventes et des recettes publicitaires, vieillissement du lectorat, concurrence des chaînes d’information en continu, des gratuits et bien sûr d’internet.

Meganews se veut une planche de salut pour la presse écrite en lui permettant surtout de réduire ses coûts de distribution élevés.

Mais voilà, le premier kiosque numérique au monde ne fera peut-être que prolonger son agonie. La presse écrite est à l’article de la mort, selon l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI). Regroupant 186 pays, l’institution des Nations unies estime que les journaux traditionnels auront disparu dans le monde d’ici 2040. Ils seront remplacés par des supports numériques.

Le coût du premier kiosque numérique au monde, Meganews, demeure inconnu, mais le montant est estimé à un minimum de 100 000 $.

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