Forcer chaque Américain à avoir une assurance maladie, c’est un peu comme les contraindre à acheter du brocoli. Le juge conservateur Antonin Scalia, de la Cour suprême des États-Unis, ne manque pas d’imagination, mais il aurait pu épargner le plus digeste des choux. Il est, après tout, gorgé de sels minéraux et contient deux fois plus de vitamine C que les épinards.

La semaine dernière, pendant trois jours, le magistrat républicain et huit autres «sages» de la plus haute juridiction du pays se sont penchés sur le Patient Protection and Affordable Care Act, la réforme phare de la présidence de Barack Obama. Est-elle constitutionnelle? La réponse viendra en juin. En attendant, le débat déchaîne les passions. Depuis un siècle, les États-Unis se déchirent sur la question d’une couverture santé universelle.

L’«Obamacare» (surnommée ainsi par ses détracteurs) veut obliger tous les Américains, d’ici 2014, à souscrire une assurance maladie, sous peine d’amende. Dans un pays où une nuit à l’urgence coûte en moyenne 10 000 dollars, il vaut mieux en avoir une.

Mais voilà, les Américains semblent plus soucieux de leur liberté que de leur santé. Ils détestent toute intrusion gouvernementale dans leur vie privée. L’«Obamacare», assimilée au «socialisme», en est une. Au pays des contre-pouvoirs, où l’individu est la référence sociale, l’égalitarisme est toujours mal vu. Pourquoi dépenser pour d’autres l’argent gagné par son travail?

Au-delà de cette liberté individuelle encensée dans la vie de tous les jours, il y a des questions de sous. Deux tiers des Américains détiennent une assurance maladie privée et ils craignent de voir leurs primes gonfler quand les 32 millions sans couverture médicale seront «forcés» d’en avoir une.

Il y a déjà les régimes publics d’assurance maladie que sont le Medicaid (pour les faibles revenus) et le Medicare (les 65 ans et plus). Alors, pourquoi tout chambouler? Tel est le credo des adversaires de la réforme de santé examinée par la Cour suprême au nom de 27 États républicains. Si le glaive de la justice devait trancher en leur faveur, ce serait un camouflet pour Obama, et sa réélection serait hypothéquée.

Mitt Romney, le grand favori pour décrocher l’investiture républicaine, a promis de se débarrasser de l’«Obamacare» s’il entrait à la Maison-Blanche. Elle est pourtant calquée sur le système de santé mis en place quand il gouvernait le Massachusetts.

L’obligation pour tout Américain de se doter d’une assurance maladie, c’est aussi un peu comme le forcer à acheter une voiture, a également dit le juge Antonin Scalia. Son analogie avec le brocoli est meilleure pour la santé.

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