Elizabeth Beddall/Metro Toronto L’imposant édifice de huit étages acheté par l’Église de scientologie en 1979, sis au 696, rue Yonge, à Toronto, est fermé pour rénovations depuis maintenant deux ans. Peu de signes de rénovations sont visibles sur les lieux, selon une photographe de Metro Toronto dépêchée sur les lieux lundi.

Comme le rapportaient mardi Métro et Les Affaires, un édifice du centre-ville de Montréal acheté par l’Église de Scientologie en 2007 reste toujours inoccupé. Loin d’être une exception, cette situation s’inscrit dans un schéma qui se répète dans une trentaine de villes partout dans le monde. Deuxième partie d’une enquête sur le parc immobilier fantôme de la scientologie.

Sur le site officiel de l’Église de Scientologie de Montréal, on peut cliquer sur une section intitulée «Futures églises de scientologie». On y voit défiler une vidéo qui promeut l’ouverture imminente d’une nouvelle Ideal Org (organisation idéale, sorte de mégacentre de la scientologie) à Birmingham, au Royaume-Uni.

La vidéo montre une maquette en trois dimensions de ce à quoi ressemblera l’Org quand ce bâtiment, construit en 1930 et acheté par l’Église de Scientologie en 2008 pour près de 7M$, aura été rénové.

Or, selon des courriels envoyés à ses membres locaux en février 2015 et publiés sur le blogue de l’ancien porte-parole de l’Église de Scientologie Mike Rinder, l’Église récolte actuellement des fonds pour… démolir le bâtiment en question.

Carte interactive des 29 immeubles répertoriés par Métro qui appartiennent à l’Église de Scientologie et qui semblent pâtir. Cliquer sur les icônes rouges pour avoir un peu plus d’information sur le bâtiment qui y correspond, ainsi que d’une image, lorsque possible.

C’est une histoire comparable à celles qui se produisent dans 29 villes répertoriées par Métro, où des investissements immobiliers que l’Église de Scientologie a effectués dans le milieu des années 2000 se sont soldés par des démolitions, des délais et des abandons – bref, tout sauf l’ouverture d’une Ideal Org.

À Bulawayo, au Zimbabwe, par exemple, des squatteurs et des proxénètes ont envahi le bâtiment acheté par l’Église en 2007, selon un journal local.

L’édifice acheté pour 5M$ la même année par l’Église à Kansas City, aux États-Unis, soulève la controverse, un journal ayant découvert il y a quelques semaines que l’Église a obtenu une exemption de taxes foncières, même si l’édifice est vide depuis son achat.

Et à Northumbria, au Royaume-Uni, l’Église n’a toujours pas réparé certains dommages causés par un incendie qui a détruit une partie de son édifice acheté en 2007 pour 3M$, selon The Atlantic.

Au Canada, des bâtiments appartenant à la scientologie restent dans les limbes à Mont­réal, à Toronto et à Winnipeg.

«En réalité, l’Église de Scientologie n’est pas en expansion, elle est en décroissance. Elle utilise ces bâtiments pour faire croire à une expansion qui est illusoire.» – Izhar Perlman, scientologue indépendant qui a quitté l’Église en 2004

Programme immobilier
Le tout découle du programme d’acquisition et de conversion de bâtiments en Ideal Org lancé en 2004 par le chef ecclésiastique de l’Église de Scientologie, David Miscavige. Selon le site officiel de l’Église, quelque 70 bâtiments ont été achetés pour créer de nouvelles Ideal Org. Dix ans plus tard, près de la moitié de ces projets sont toujours en suspens.

D’après le journaliste américain Tony Ortega, qui enquête sur la scientologie depuis le milieu des années 1990, c’est souvent la même séquence d’événements qui se répète. «L’Église va dans une ville où il y a déjà une [communauté de scientologues], et elle décide que la ville a besoin d’une Ideal Org. C’est elle qui choisit le bâtiment, mais ce sont les gens sur place qui ramassent l’argent pour l’acheter et pour le rénover, explique-t-il, en ajoutant qu’il s’agit toujours d’édifices assez dispendieux. Évidemment, l’Église aime les bâtiments historiques, et elle veut toujours qu’ils soient au centre-ville.»

Viennent ensuite d’interminables campagnes de financement pour rénover le bâtiment. «Non seulement il n’y a pas beaucoup de scientologues, mais après toute la pression subie pour amasser les millions de dollars nécessaires pour acheter le bâtiment, quand on leur demande à nouveau de donner pour les rénovations, ils se méfient!» lance-t-il.

En décroissance?
Izhar Perlman est un scientologue indépendant qui a quitté l’Église en 2004. Il a créé le blogue Idle Orgs – un jeu de mots qui interchange les termes anglais Ideal (idéal) et Idle (inutilisé) – pour répertorier tous les bâtiments achetés par l’Église, puis abandonnés.

«Ces bâtiments sont une excuse pour soutirer de l’argent aux membres. Les dirigeants de l’Église demandent aux membres de donner de l’argent pour financer les rénovations, en leur faisant croire que c’est pour l’expansion de l’Église», a-t-il expliqué par courriel.

Or, selon M. Ortega, le nombre de scientologues est partout en chute libre. D’après ses estimations, le mouvement a connu son apogée en 1990. L’Église comptait alors quelque 100 000 membres. Pour en arriver à ce chiffre, il se base sur les témoignages de l’écrivain et ancien directeur de marketing de l’Église, Jefferson Hawkins, et de Marty Rathbun, ancien bras droit de M. Miscavige. Tous deux avaient accès aux documents internes de l’organisation.

Selon ses estimations, il y aurait au plus 40 000 membres de l’Église aujourd’hui, dont 25 000 aux États-Unis.

Cette décroissance du nombre de membres a inévitablement un effet sur la capacité des organisations locales de recueillir des fonds, pense M. Or­tega. «Leur méthode ne peut que leur attirer des ennuis. Ça ne peut pas fonctionner comme ça», conclut-il.

L’Église-mère de Scientologie, à Los Angeles, n’a pas répondu au courriel envoyé par Métro et Les Affaires.

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