The Associated Press Le président du Burundi Pierre Nkurunziza.

BUJUMBURA, Burundi — Amnistie internationale a évoqué vendredi l’existence possible de fosses communes au Burundi, au moment où 17 personnes — dont deux journalistes — étaient arrêtées lors de perquisitions.

Des images satellitaires, des vidéos et les récits de témoins démontrent que des dizaines de personnes possiblement tuées par les forces de l’ordre burundaises en décembre ont été enterrées dans des fosses communes, peut-on lire dans un document dévoilé vendredi par l’organisation de défense des droits de la personne.

Amnistie fait état de cinq fosses communes dans la région de Buringa, à proximité de la capitale, Bujumbura, qui est déchirée par la violence depuis que les forces de l’ordre ont commencé à frapper les quartiers perçus comme étant des bastions de l’opposition.

Deux journalistes du quotidien français Le Monde comptent parmi les 17 personnes arrêtées lors d’une opération militaire menée jeudi, a dit un porte-parole de la police burundaise. Jean-Philippe Rémy et le photojournaliste britannique Philip Edward Moore ont été relâchés après quelques heures.

M. Moore aurait été arrêté alors qu’il rencontrait des «rebelles» dans le quartier de Nyakabiga. Il aurait également tenté d’échapper aux forces de l’ordre. M. Rémy a apparemment été épinglé quand il est venu à la recherche de son collègue.

Des témoins ont raconté que la police a fouillé Nyakabiga et d’autres quartiers de Bujumbura pour récupérer les corps des victimes et les transporter vers un endroit inconnu, a dit Amnistie.

«Les images, prises en décembre et au début de janvier, montrent une terre retournée, ce qui correspond au récit des témoins. Des témoins ont raconté à Amnistie internationale que les fosses ont été creusées l’après-midi du 11 décembre, immédiatement après la journée la plus sanglante de la crise qui s’intensifie au Burundi», écrit l’organisation.

Plus tôt ce mois-ci, le responsable des droits de la personne au sein des Nations unies, Zeid Raad al-Hussein, avait lui aussi demandé une enquête urgente sur l’existence possible de fosses communes après les violences de décembre.

M. Zeid avait évoqué de «vastes violations des droits de la personnes», avant de déclarer que «l’augmentation du nombre de disparitions forcées, jumelée aux allégations de prisons secrètes et de fosses communes, est extrêmement inquiétante».

Le Burundi réfute ces allégations et évoque une campagne de propagande orchestrée par les adversaires du gouvernement. Le porte-parole gouvernemental Philippe Nzobonariba a dit que l’ONU est libre de faire enquête au Burundi quand bon lui semble.

Des hommes armés ont lancé, le 11 décembre, trois attaques coordonnées contre des installations militaires burundaises. Le lendemain, 28 personnes ont été retrouvées dans les rues de Bujumbura, tuées par balles. Un témoin a raconté à l’Associated Press que certaines victimes avaient les mains ligotées dans le dos. Un autre témoin a relaté que les forces gouvernementales avaient fouillé les maisons une après l’autre.

Le Burundi est plongé dans le chaos depuis l’an dernier, quand le président sortant Pierre Nkurunziza a brigué et obtenu un troisième mandat que plusieurs jugent inconstitutionnel. Une tentative avortée de coup d’État en mai a poussé le pays a bord de la guerre civile.

Le gouvernement burundais a refusé le déploiement d’une force de l’Union africaine sur son territoire, en prévenant que ces soldats seraient accueillis comme des envahisseurs.

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