Steve Helber / The Associated Press Donald Trump

CLEVELAND – Les risques de débordements en marge de la convention républicaine aux États-Unis cette semaine ont fait ressortir des souvenirs difficiles remontant à 1968, à Chicago, pour la chef du Parti vert du Canada, Elizabeth May.

À plusieurs égards, il s’agissait d’une année horrible. Martin Luther King et Robert Kennedy ont été assassinés à deux mois d’intervalle; des quartiers à population majoritaire afro-américaine ont été touchés par des émeutes et il s’agissait de l’année la plus meurtrière de la guerre du Vietnam, avec 16 899 Américains tués. Des manifestants antiguerre se sont réunis à la convention du Parti démocrate, alors au pouvoir, et la police a répliqué avec une force de frappe par la suite dénoncée par une étude fédérale comme ayant été excessive, non provoquée et sans discernement.

Mme May, en perd encore ses mots en discutant des événements du printemps et de l’été 1968.

Sa voix tremble en décrivant comment elle avait appris la mort de Martin Luther King alors qu’elle avait 13 ans et résidait dans le Connecticut, se souvenant d’avoir pleuré dans la baignoire. Elle prend de nouveau une pause lorsqu’elle se remémore avoir vu ses parents en pleurs sous la lumière de la télévision le soir de la mort de M. Kennedy.

Ses parents ont réagi de manière différente à ces événements. «Mon père, qui était Britannique, disait tout le temps ‘je crois qu’il est temps de quitter ce pays horrible’», a-t-elle relaté. Sa mère était déterminée à essayer de changer les choses en restant au pays; elle est devenue l’une des déléguées pour le candidat présidentiel antiguerre Eugene McCarthy.

C’est par l’entremise du militantisme de sa mère que Mme May s’était retrouvée à la convention démocrate.

Le chef du Parti vert a dit qu’il était difficile de comparer le climat actuel aux États-Unis aux événements qui s’étaient déroulés en 1968.

À certains égards, selon elle, le pays se porte moins bien — au chapitre des inégalités des revenus, par exemple. Par contre, selon la chef du Parti vert, les Américains ne sont pas impliqués dans un conflit «illégal» comptant un nombre massif de victimes comme le Vietnam; les États-Unis ont un président afro-américain; Barack Obama n’a pas agi comme un «despote» à l’image de Lyndon Johnson et Cleveland, aujourd’hui, n’est pas le Chicago de 1968 dans lequel le maire Richard Daley utilisait les forces policières pour réduire au silence les dissidents.

Une population inquiète

Certains résidants sont inquiets. Est-ce que Cleveland 2016 suivra Chicago 1968 dans le vocabulaire politique? Un propriétaire a dit avoir accepté avec plaisir une invitation chez des amis à l’extérieur de la ville: «Quiconque réside près du centre-ville est quelque peu anxieux», a-t-il fait valoir.

Un cocktail explosif prend forme à Cleveland.

Des suprémacistes blancs et un groupe du «black power» ont affirmé aux médias qu’ils prévoyaient être sur les lieux. Des manifestants de Black Lives Matter ont également dit qu’ils seront à Cleveland, bien que les organisateurs nationaux ne doivent pas y être. Dans ce cocktail potentiellement explosif figureront aussi des progressistes et des homophobes de l’Église baptiste Westboro; des groupes d’hispanophones et des républicains qui souhaitent un mur à la frontière avec le Mexique.

Le port d’arme est un autre ingrédient, alors que l’Ohio figure parmi plusieurs dizaines d’États qui permettent le port ouvert d’armes à feu. Un leader des New Black Panthers a dit que ses membres pourraient se présenter armés, si la sécurité le permettait. Un organisateur du groupe Bikers for Trump a dit craindre que l’événement dégénère en un «O.K. Corral» — référence à la fusillade célèbre en 1881 dans la ville de Tombstone dans l’Arizona.

Les autorités ont dépêché à Cleveland plusieurs milliers d’agents fédéraux, et des prisons dans la région ont été vidées pour libérer de l’espace. Les automobilistes devront passer des contrôles de sécurité et des balayages aux rayons X.

Un périmètre clôturé maintiendra les manifestants à l’écart du secteur Quicken Loans, où Donald Trump doit accepter la nomination républicaine à la présidence, jeudi, au terme d’une longue campagne.

«Je m’inquiète du risque de violence», a dit le secrétaire à la Sécurité intérieure, Jeh Johnson, lorsque questionné sur les conventions républicaine et démocrate lors d’une audience au Congrès américain.

Et les récents événements à Dallas, en Louisiane, au Minnesota et en France — avec des fusillades impliquant la police, et des terroristes s’en prenant à des foules — montrent une nouvelle version de deux souches à l’origine des troubles en 1968: des divisions à caractère ethnique et des soulèvements liés à des conflits à l’étranger.

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