À l’émission Bienvenue aux dames, diffusée durant les Fêtes à la radio de Radio-Canada, Noémi Mercier faisait une démonstration magistrale des iniquités qui subsistent entre le salaire des hommes et celui des femmes au Québec. Que l’on prenne les données sur le temps plein, le temps partiel, les professions universitaires ou les occupations à prédominance féminine, les femmes gagnent dans l’ensemble toujours moins que les hommes, sauf dans deux domaines : les sciences infirmières et le domaine pointu des musées, des bibliothèques et des galeries d’art.

Si la démonstration de sept minutes de Noémi Mercier ne vous convainc pas, vous pouvez consulter sur le site de L’Actualité ses chroniques «Des gars, des filles», dans lesquelles la journaliste scientifique décortique avec une grande rigueur les études démontrant les biais le plus souvent défavorables aux femmes. Noémi Mercier est l’une des journalistes les plus récompensées au Québec, ayant remporté cinq médailles d’or aux Prix du magazine canadien, trois prix Judith-Jasmin ainsi que des nominations aux Prix Michener et Albert-Londres.

Malgré tout, il y en aura toujours pour dire que ces informations sont biaisées. Le Conseil du statut de la femme? Ben là, ça le dit dans le nom qu’ils sont en faveur des femmes! L’Institut de la statistique du Québec? Pff! Statistique Canada tant qu’à y être!? Cette semaine, l’émission La Facture documentait – une fois de plus – la «taxe rose», selon laquelle les femmes paient plus cher pour un même produit ou service. À la fin de l’expérience, la journaliste avait payé 287,33 $, soit 83,89 $ de plus que son collègue masculin pour des jeans de même marque, du parfum, des rasoirs, une coupe de cheveux et le nettoyage du même nombre de vêtements.

Sur la page du reportage, les 10 commentaires qu’on peut lire cherchent à invalider, minimiser ou carrément nier les conclusions de l’enquête. Certains commentateurs vont jusqu’à rejeter le blâme de la différence de prix sur le dos des femmes, qui accepteraient de payer plus cher pour les mêmes produits. Jamais la dimension systémique du problème, face auquel on finit par se résigner à débourser plus, n’est remise en question.

Dans tous les débats concernant les inégalités entre les hommes et les femmes, de la grammaire sexiste à l’équité salariale, en passant par la représentation ou la violence conjugale – merci Doc Mailloux –, il s’en trouve pour nier les faits, peu importe à quel point on s’efforce de les documenter. Le biais de confirmation – cette tendance à ne retenir que les informations qui font notre affaire ou, dans bien des cas, qui nous permettent de conserver nos privilèges – de ces négationnistes est tellement grand que c’est souvent gênant à observer.

Ces détracteurs des faits semblent faire l’économie de l’examen de conscience suivant : Pourquoi un reportage étoffé sur l’inégalité me fâche davantage que l’inégalité en tant que telle? Qu’est-ce qui m’incite à contredire les faits qui y sont rapportés? Quelle est cette chose à laquelle je tiens et qu’ils menacent d’ébranler? Comme titrerait un pro du piège à clics : La réponse pourrait vous surprendre.

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