Denis Beaumont/Métro Jean Cournoyer

Le rapport de la Commission Cliche, en 1975, avait recommandé l’abolition pure et simple des bureaux de placement syndicaux. Le gouvernement décida que, pour un certain nombre de travailleurs, ces bureaux constituaient un service essentiel.

En 2004, le juge Lesage, chargé d’enquêter sur les dépassements de coûts de la construction de Papier Gaspésia, à Chandler, concluait que l’intimidation et la discrimination à cause de l’appartenance syndicale existaient sur les chantiers. Il ajoutait : «L’expérience des 30 dernières années démontre clairement que l’abolition des bureaux de placement syndicaux est illusoire en pratique.»

En 2011, l’Assemblée nationale adoptait à l’unanimité une loi qui abolissait le placement syndical et le remplaçait, à compter du 1er décembre 2012 par un système de référence géré par la Commission de la construction.

En septembre 2012, la Commission de la construction faisait savoir à la ministre du Travail, Mme Maltais, qu’elle ne serait pas prête à assumer cette fonction à compter de la date prévue par l’Assemblée nationale.

Une phrase, fut-elle adoptée par l’Assemblée nationale, ne peut sans conséquence rayer une tradition nord-américaine ancrée dans les mœurs des unions internationales et constituant une partie essentielle des services que celles-ci offrent à leurs membres.

Les grandes entreprises américaines de construction industrielle ont depuis des lustres accepté que les travailleurs de leurs chantiers soient représentés par les sections locales des unions internationales.

Au Québec, tous les travailleurs de la construction doivent appartenir à un syndicat. Nous sommes en présence de plusieurs groupes syndicaux qui se disputent les cotisations obligatoires que doivent payer les travailleurs de la construction, soit la CSN-Construction, la CSD-Construction, la FTQ-Construction, le Conseil provincial des métiers de la construction (International) et le Syndicat de la Construction du Québec.

C’est une fortune que les syndicats perçoivent collectivement après des travailleurs de la construction. Une fortune si imposante que la lutte est féroce entre les syndicats, qui sont des concurrents comme toute entreprise
commerciale de service.

Le placement devient alors l’argument le plus efficace lorsque le travailleur choisit le syndicat auquel il veut appartenir. Il se demande quel syndicat est le plus susceptible de lui trouver un emploi lorsqu’il sera au chômage. On n’a qu’à regarder la proportion du nombre de membres de chacune des centrales syndicales pour trouver laquelle réussit le mieux en ce domaine :

  • FTQ-Construction : 43,85 %
  • Conseil provincial (International) : 24,4 %
  • CSD-Construction : 12,7 %
  • Syndicat québécois : 10,44 %
  • CSN-Construction : 8,55 %

Je souhaite bonne chance à la ministre Maltais et j’espère que, le 1er décembre 2012, elle ne se retrouvera pas sur la liste de ceux, dont moi-même, qui ont lamentablement échoué dans cette démarche. C’est une loi de l’Assemblée nationale qui ferme les bureaux de placement syndicaux, pas un décret du gouvernement. Espérons que les dirigeants de la FTQ inciteront leur créature à respecter le vœu unanime des représentants élus de notre société.

Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.

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