Drogués au pétrole?
Nous sommes tous drogués au pétrole. Et pendant que la NASA prévoit l’effondrement de notre civilisation d’ici 50 ans si on ne procède pas à un changement radical de notre comportement dans l’usage de nos ressources naturelles, les dealers s’activent de plus en plus pour continuer d’en extraire et de nous en vendre au maximum. Plus que jamais le Québec est sous pression: Anticosti, Cacouna, Gaspé, oléoducs à la grandeur du territoire, exploitation dans le golfe, sans oublier Lac-Mégantic. Partout on nous vante la création de la richesse et la prospérité à coups de millions de barils par jour dans nos veines. Pourtant, la raison scientifique nous dit avec insistance que ça ne peut plus continuer.
Pour nous libérer de notre dépendance, il faudra commencer par admettre que la cure est souhaitable et nécessaire. Et que l’heure de la grande désintoxication a sonné. Et que c’est possible. Avec la cigarette, en l’espace d’une génération, nous avons radicalement changé notre attitude et nos comportements. Imaginons que le Québec, comme la Suède et le Danemark, se dote d’un plan crédible de sortie du pétrole. D’une série de règles qui nous incitent à diminuer notre utilisation du pétrole partout où c’est possible. Dans nos grandes décisions politiques comme dans nos gestes individuels.
Que prévoyez-vous faire concrètement d’ici les 5 prochaines années pour réduire de 20% vos propres émissions de carbone? De quel plan le Québec dispose-t-il pour faire un usage raisonnable, juste et viable de ses ressources en énergie?
Il y a 50 ans, dans un extraordinaire effort de volonté politique et à la suite d’un exemplaire exercice de démocratie – qui fait assurément défaut présentement –, le Québec a fondé sa modernité énergétique selon deux valeurs fondamentales: le partage de la richesse et une énergie propre. René Lévesque, alors ministre des Richesses naturelles de l’époque, parlait du «règlement raisonnable d’une situation parfaitement absurde»…
Aujourd’hui, ce qui est raisonnable, c’est de se mettre à l’écoute de la raison scientifique qui exhorte les gouvernements du monde entier à laisser sous terre la grande majorité des ressources connues en hydrocarbures pour éviter que le climat ne dégénère.
Aujourd’hui, ce qui est absurde, c’est de se lancer sur Anticosti à la recherche de nouvelles réserves d’un pétrole parmi les plus sales et les plus polluants de la planète, au nom d’une soi-disant indépendance énergétique, sans débat public et sans politique énergétique à la hauteur de notre potentiel et de nos exigences.
Aujourd’hui, la nécessaire et inévitable révolution énergétique à laquelle nous sommes conviés doit se faire dans le respect des limites des ressources de notre planète. À commencer par celles dont nous contrôlons le développement sur notre territoire.
Ce que nous devons exiger de nous-mêmes, c’est une stratégie énergétique à la mesure des défis de notre siècle. La preuve reste à faire que notre prospérité réelle passera par l’exploitation du pétrole d’Anticosti. Pour vous en convaincre, je vous invite à voir mon film Anticosti: La chasse au pétrole extrême, présentement à l’affiche sur plusieurs grands écrans au Québec et à la télévision de Télé-Québec, ce soir à 21h.
Prendrons-nous collectivement le risque de détruire les beautés naturelles et l’art de vivre d’Anticosti pour faire rouler des 4 x 4 au centre-ville de Montréal? Nous ne pourrons pas nous fier à «l’éveil de nos consciences». Nous avons besoin d’un plan pour la suite du monde. Nous sommes tous citoyens d’Anticosti.
Les opinions exprimées dans cette tribune ne sont pas nécessairement celles de Métro.