May Skaf est une célèbre actrice de la télé syrienne. Elle milite contre le régime de Bachar el-Assad et elle n’a pas choisi l’exil. Elle est restée volontairement chez elle à Damas.

En Occident, on a entendu parler d’elle pour la première fois, le 13 juillet 2011. C’était lors de la première manifestation des intellectuels syriens, à Damas. Elle a bien sûr goûté aux geôles du régime avec plusieurs personnalités connues. Ce jour-là, une icône de la rébellion syrienne est née.

Jeudi dernier, une dépêche de l’AFP nous a révélé que May Skaf a été libérée après plusieurs heures de détention. La nouvelle a été relayée par le quotidien libanais, L’Orient le jour, et al-Jazira. Dans un long article sur son site web, la chaîne qatarie a expliqué que May a été incarcérée après avoir accordé une interview au magazine Damas édité au Liban. Cette interview a été simultanément publiée par le journal arabophone Al Quds Al Arabi qui paraît à Londres. Une entrevue bouleversante.

Alors que le régime Assad ne reconnaît pas l’ampleur de la contestation et assure depuis le début lutter contre des «terroristes» djihadistes à la solde du Qatar et des sionistes et leur principal allié les États-Unis, la voix de May Skaf a rugi de l’intérieur de la Syrie pour nous dévoiler la boucherie du régime en place.

Dans cette interview fleuve, May Skaf a parlé de son histoire, de ses origines et de pourquoi elle a décidé de rester dans l’antre des Assad. Elle a parlé de la peur et comment elle a réussi à la vaincre. Elle a parlé des intellectuels syriens terrés chez eux et qui bravent le danger chaque jour. Elle a parlé des autres intellectuels embourgeoisés qui soutiennent le régime Assad comme le célèbre poète Adonis qui refuse de soutenir une révolte parce qu’elle sort des mosquées. Elle a parlé des chrétiens et des non-musulmans qui simulent l’acte de prier pour trouver refuge dans les mosquées, car ce sont les seuls lieux de réunion épargnés dans un pays quadrillé par les forces de sécurité et l’armée.

Elle a parlé des carnages de jeunes innocents qui ont commis l’erreur de s’insurger contre la dictature. Elle a parlé du martyr de toute une génération de jeunes syriens qui sont morts avec courage pour libérer leur patrie. Elle a parlé de villages rasés de la carte avec brutalité et rage. Elle a parlé de la notion de liberté confisquée au nom d’un panarabisme de façade au service du clan Assad, sa cour et ses courtisans au milieu d’un océan de misère. Elle a tout dit en une entrevue.

Dans ce magma de révélations, une anecdote résume l’atmosphère glaciale en Syrie. Lors d’un interrogatoire, l’officier qui «cuisinait» May Skaf l’a haranguée: «Que voulez-vous? Vous voulez la liberté?» Elle lui a répliqué : «Mon vœu, c’est que mon fils ne sera pas dirigé par le fils de Bachar el-Assad!» Le rapporteur affolé n’a pas osé rédiger cette réponse. Il avait peur  de rapporter une phrase qui insulte son maître! Le comble.

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