Des surplus énergétiques

Le métier de prévisionniste énergétique est de nos jours fort périlleux. La semaine dernière, certains ont affirmé que les surplus d’électricité auraient un impact considérable sur les finances des familles québécoises. Plusieurs chiffres ont été avancés, puis ont été fortement contestés par notre société d’État, Hydro-Québec, qui juge l’estimation trois fois trop élevée.

Les modèles économiques et systèmes prévisionnels passés peinent à prédire l’avenir. Après bientôt cinq années de récession économique mondiale, une certaine reprise semble poindre à l’horizon et cette situation tant attendue amène son lot de questions pour le secteur énergétique. Quelle amplitude aura le retour des emplois manufacturiers sur le continent nord-américain, et la reprise économique sur la demande en électricité? Qu’adviendra-t-il du prix du gaz naturel? Son bas coût entraînera-t-il une conversion massive des flottes de véhicule roulant actuellement au diesel? La fin de vie utile de près de la moitié des centrales thermiques américaines, alimentées au charbon, en stimulera-t-elle la demande ou créera-t-elle plutôt un engouement pour les énergies renouvelables? Et le marché du carbone dans tout ça?

Les réponses à ses questions sont nombreuses et les scénarios possibles le sont tout autant. Mais au-delà de ces interrogations, un fait demeure : les Québécois aspirent à l’indépendance énergétique!

C’est justement le contexte de surplus d’électricité actuel qui rend possible la transition vers cette autosuffisance. Rappelons-nous que c’est la mise en service de la Baie-James qui a permis le remplacement du mazout dans le chauffage résidentiel. Sans excédents, sans marge de manœuvre, cette réalisation qui fait aujourd’hui notre fierté économique et environnementale aurait été impossible.

Le défi qui se présente à nous est colossal : poursuivre la substitution des importations tout en assurant notre prospérité économique, le développement de filières industrielles d’avenir et la répartition de la richesse sur l’ensemble de notre territoire. Au Québec, les énergies renouvelables font partie des solutions d’avenir. Elles l’ont prouvé et elles sont capables de faire encore plus. C’est d’ailleurs pourquoi Montréal devient un pôle d’attraction continental pour les sociétés de placement en technologies vertes de même que pour la filière éolienne.

Cette dernière, faut-il le rappeler, procure quelque 4 000 emplois structurants, dont près du quart en Gaspésie et près de la moitié sur le territoire de la CMM. Grâce au TechnoCentre éolien, situé à Gaspé, la contribution québécoise au développement de l’éolien en région nordique se concrétise. De nombreuses collaborations avec des entreprises et des universités québécoises et étrangères assurent des retombées significatives. Le secteur éolien est donc un vecteur de développement régional avéré.

Il en va de même des surplus énergétiques, au lieu de les quantifier et de se désoler de la surprime temporaire qu’ils peuvent occasionner, nous devons réaliser qu’ils sont une fantastique occasion de développement économique. Ils rendent possible la transition vers le véhicule électrique, le développement accru de la grappe des technologies informatiques par la venue chez nous de centres de données et celui de la filière électrique par le développement d’un consortium industriel en réseau électrique intelligent et en technologies du futur.

L’annonce d’un appel d’offres de 700 MW pour le secteur éolien, attendue par l’industrie éolienne et par bon nombre de municipalités et de nations autochtones, rend possible la transition vers l’indépendance énergétique du Québec tout en permettant l’atteinte des objectifs de réduction des GES fixés pour 2020. Nous avons des surplus? Tant mieux! Voilà qui ouvre la voix de l’indépendance énergétique. Somme toute, c’est un développement potentiel incroyable et une perspective rassurante, surtout quand on traverse une vague de froid intense.

Jean-François Samray, président-directeur général de l’AQPER, et Jean-Frédérick Legendre, directeur régional de l’Association canadienne de l’énergie éolienne

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