À Tripoli plutôt qu’à La Haye

Le gouvernement libyen refuse de livrer à la Cour pénale internationale (CPI) le fils du défunt leader Kadhafi, Saïf al-Islam, accusé de crimes contre l’humanité. Il craint sûrement des révélations que ferait le criminel s’il est en sécurité aux Pays-Bas, révélations qui ne manqueraient pas d’embarrasser plusieurs représentants du nouveau régime, qui ne sont pas tous blancs comme neige. Voilà pourquoi il veut le juger en Libye, afin de bien contrôler tout le processus.
La mort rapide de Kadhafi en a arrangé plusieurs, mais, manque de pot, son héritier putatif, Saïf al-Islam, a survécu.

Sylvio Le Blanc, Montréal

Autiste? Oui, et alors?

Des articles récents parus dans plusieurs médias soulignaient, en s’en désolant, l’augmentation de 78 % des cas d’autisme aux États-Unis entre 2002 et 2008. À titre de personne autiste, permettez-moi de présenter mon point de vue, moi qui suis «frappé» par cette «maladie» dont je «souffre».
Si une certaine dimension effectivement handicapante fait consensus, il n’en va pas de même avec l’idée selon laquelle l’autisme serait une maladie. Les différentes visions de la nature réelle de l’autisme se déclinent depuis celle en faisant une psychose jusqu’à celle la considérant comme une autre forme d’intelligence. Selon moi, être autiste est un peu comme être gaucher plutôt que droitier, ou homosexuel plutôt qu’hétéro : c’est quelque chose de minoritaire qui est là dès la naissance et qui appartient à la personne. Je n’ai pas été frappé par l’autisme : je suis autiste, c’est une dimension de ma personne (et qui, soit dit en passant, ne limite pas ma personne).
Faut-il se désoler de l’augmentation des cas d’autisme? Moi, je m’en réjouis et j’applaudis! Notre grand problème est de constituer une toute petite minorité: les estimations les plus optimistes que j’ai lues parlent de 3 % de la population. Plus nous serons, mieux pourront aller les choses pour nous. Parce que, comme pour d’autres groupes minoritaires qui l’ont déjà fait, nous oserons prendre la parole davantage (plutôt que d’entendre des tas de gens parler à notre place), nous affirmer, faire des suggestions sur la marche du monde, voire même revendiquer. Et ce ne sont pas les matières à revendication qui nous manquent. Savez-vous que 80 % des Aspergers vivent de l’intimidation dans les écoles (moi, j’en ai fait un sévère syndrome de stress post-traumatique)? Que 90 % des autistes n’arrivent pas à trouver et à garder un emploi pour lequel ils possèdent pourtant toutes les compétences? Qu’en certains pays encore aujourd’hui, des enfants autistes subissent des «traitements» relevant carrément de la maltraitance et visant à les «guérir» ou sinon à les réduire à l’état de morts-vivants?
À nous guérir de quoi du reste? D’une différence qui est encore mal connue et donc insuffisamment acceptée socialement. D’une différence qui touche l’ultime tabou (qui n’est donc pas lié à la sexualité) : la différence mentale, la différence de l’esprit.
Au plaisir de se compren­dre mutuellement de mieux en mieux.

Antoine Ouellette, auteur de Musique autiste (Triptyque), ouvrage finaliste pour le Prix Hubert-Reeves 2012, Montréal

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