La CAQ a lancé une publicité controversée sur Twitter.

La bataille sur le terrain identitaire, entamée depuis la triste histoire d’Hérouxville, fait de nouveau rage. D’un côté, le Parti québécois 2.0. De l’autre, l’ancienne ADQ devenue CAQ. Qui, lors des prochaines élections de 2018, saura séduire cette frange importante de l’électorat? Retour, d’abord, vers le futur…

La «crise» des accomodements raisonnables soit patentée de toute pièce par les médias, du moins selon le rapport Bouchard-Taylor, n’empêche pas cette ancienne ADQ de causer la surprise aux élections de 2007. Le parti de Mario Dumont passe alors à quelques sièges de rafler le pouvoir et former le gouvernement. Le Parti québécois, relégué pour la première fois depuis les années 1970 au rang de deuxième opposition officielle, se voit pris de court. Comment récupérer ces électeurs francophones si payants d’un point de vue électoral? La subtile carte de l’identité. Victoire en 2012 du PQ, laquelle menera à la (très) controversée Charte des valeurs.

Sous le faux prétexte d’une laïcité étatique, celle-ci visait plutôt, on se souvient, à casser du sucre sur la minorité la plus vulnérable de la société québécoise, soit la femme musulmane voilée. Alors qu’on laissait à l’Assemblée nationale le crucifix (un symbole historique et non religieux, dixit l’ex-ministre Drainville), on menaçait de congédiement quiconque conserverait son signe religieux ostentatoire. Par un drôle d’hasard, toute la campagne d’alors s’effectue sur la trame de fond suivante : celui du « malaise » quant au voile islamique. Eh ben.

Les libéraux reprennent, quelques dix-huit mois plus tard, le pouvoir. Retour, tant pour le PQ que la CAQ, à la case départ. Chacun fourbit, depuis, ses armes en fonction de la prochaine élection. Alors que le parti de François Legault propose, entre autres choses, la réduction du nombre d’immigrants ainsi qu’un nébuleux test des valeurs qui leur sera imposé, le Parti québécois, lui, élit à sa tête un Jean-François Lisée ayant joué, sans vergogne et à fond de train, la carte de l’identitaire. Celle d’associer fallacieusement son adversaire Alexandre Cloutier au controversé imam Charkaoui. Celle de prétendre, sans preuve aucune, que la burqua et burkini comportent de graves enjeux de sécurité.

Go, la surenchère identitaire. Ce terrain, particulièrement depuis l’élection de Trump, n’a jamais semblé autant fertile. En fait, quelques jours après l’élection de ce dernier, Legault se déclare « fier » d’être comparé au nouveau président américain. Eh boboy.

Non en reste, et quelques jours à peine après avoir promis que l’identitaire laisserait sa place à des trus plus urgents, Lisée-le-virevolteur, voyant les résultats d’un nouveau sondage pro-CAQ, change, fidèle à son habitude, son fusil d’épaule et durcit sa position sur la « laïcité »: faudra aller plus loin que le rapport Bouchard-Taylor, plaide-t-il. On n’en sort pas.

La palme de la plus grande manoeuvre démagogique revient toutefois, cela dit, à François et son parti. Dans une pub des plus charmantes, on prétend, et sans rire, que Couillard et Lisée seraient, au contraire des caquistes, en faveur du port du tchador chez les enseignantes du Québec.

Cute, non? Qu’il n’y ait aucune preuve de l’existence d’un tel accoutrement chez les fonctionnaires québécoises, et encore moins chez ses enseignantes, n’allait certainement pas empêcher François de faire rejouer son film favori, lequel s’intitule: « À soir, chérie, on fait peur au monde…. ». Succès assuré.

Petite question quizz: d’où vient la femme en tchador, sur la photo, au fait? Alma? Saint-Jérôme? Mont-Laurier? Tut tut tut. La Syrie. Hein? Oui. La Syrie.

François-le-polyglotte est effectivement allé dégoter une photo d’une Syrienne en détresse, lors de la récente crise des migrants et a, sans scrupule, utilisé celle-ci aux fins de la bande-annonce de son film à succès. Fier d’être comparé à Trump, le chef caquiste? Visiblement.

Ma prédiction, maintenant. Ce genre de scénario, du moins si l’on se fie à l’histoire contemporaine, a une fin plutôt prévisible: il se termine mal.

Bon film quand même, mesdames et messieurs…

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