Radio-Canada Denis Coderre

Invité à remettre un prix lors du dernier championnat mondial de hockey junior, le maire Coderre a été… hué. Copieusement, même. 
Pas le premier politicien 
à subir un tel traitement. Sauf que pour le boss de Montréal, il s’agit probablement d’un cas d’espèce.

Parce que, disons-le, il a le tour, le maire Coderre. Maître des relations publiques. Grand vizir du contrôle des messages. Jésus de l’amitié politicienne-journaliste. En bref, un maire-spectacle.

Au début de sa carrière de député libéral de Montréal-Nord, le jeune politicien ambitieux – il s’est présenté à quatre reprises avant d’être finalement élu – avait fait mettre, sur ses cartes d’affaires, sa… photo.

Peu de temps après, nommé secrétaire d’État au Sport amateur, il se lie d’amitié avec nombre de journalistes sportifs au pays, ce qui lui vaut évidemment un canal privilégié afin de «passer ses messages», ainsi qu’une visibilité hors du commun. Particulièrement pour un secrétaire d’État.

On se souvient de la première promesse de Coderre faite à ce titre: perdre du poids. Voilà pour les priorités. Sauf que les journalistes ont embarqué. Et hop pour les reportages télévisés sur le secrétaire Coderre en plein entraînement de boxe. La corde à danser, notamment. Le premier ministre Chrétien dira plus tard que cette nomination avait fait en sorte que tout le monde, au Canada, parlait soudainement de… sport. Et de Coderre. Devenu critique de l’opposition officielle en matière de patrimoine, il se joint, du même souffle, à l’émission de Bazzo à titre de… chroniqueur culturel.

Aujourd’hui maire, il participe à tout événement culturel, sportif ou mondain. Il possède même son propre show de télé, à TVA.
On se souvient d’ailleurs du gag du Bye Bye: aux côtés du maire omnipotent, Jésus aurait des allures de simple apôtre. À tel point que le pape l’accueille au Vatican…

En bref, il est là, le génie de Coderre: contrôler l’agenda communicationnel. Une propension à l’omniprésence médiatique. À l’érection de sa propre statue. Indicible succès. Alors pourquoi ces huées, au fait? Petite hypothèse: et si le citoyen en avait marre, de la surexposition? D’un maire-spectacle? S’il souhaitait un brin de contenu?

Parce qu’au-delà du froufrou médiatique, les gaffes et lacunes sont multiples. Des routes impraticables, dignes de l’époque des 
Filles de Caleb? Quel 
plan pour désengorger 
ces mêmes routes? Et quid 
du transport en commun? Et l’improvisation majeure sur les calèches? Sur Uber? Sur les pitbulls? Menacer un de ses flics en public en lui gueulant «Toé, tu travailles pour moé!»? Un 375e souligné 
par des bancs de granit 
sur le mont Royal? Par 
des publicités on ne peut plus blanches? Le «citoyen» Coderre 
qui demande au chef de police de sa ville d’enquêter sur un journaliste? Maintenir, malgré son caractère visiblement inconstitutionnel, un règlement sur les manifestations et imposer illégalement des amendes? Balancer quelques milliards de litres de merde dans le fleuve, sans solution environnementale pour l’avenir?

Résumé de l’hypothèse: la victoire improbable, 
mais possible, du crucial 
sur le futile. Enfin.

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