On se souvient de l’attentat, affreux, de janvier dernier. Pour une rare fois, sinon pour la première fois, une certaine conscience collective s’est éveillée sur la réalité musulmane. L’ostracisme, souvent tabou, était enfin discuté.

Quelques radios X reconnaissaient leur responsabilité en l’espèce. À tour de rôle, les politiciens déambulaient au micro afin de professer leur nouvelle intention, soit celle de contribuer à un néo-vivre ensemble englobant, enfin, la communauté musulmane. Rigolo quand même de voir que certains de ces mêmes politiciens cassaient, quelque temps avant, du sucre sur le dos de la communauté en question. Pensons à Régis Labeaume avec son code de vie (pas le droit de battre votre femme ou de coucher avec vos enfants) ou encore à Jean-François Lisée pour… l’ensemble de son œuvre récente.

Bref, pour plusieurs, la petite mise en scène post-funéraire sentait la récupération politique à plein nez ou, si vous préférez, la larme intéressée. Mais bon. D’aucuns, dont moi, étaient prêts à leur accorder le bénéfice du doute, pensant que le tragique événement allait peut-être enfin opérer un changement de paradigme. Naïf, va.

Parce que vint ensuite un projet, assez saugrenu merci, de référendum portant sur la possibilité, pour les musulmans de Saint-Apollinaire, de bénéficier de leur propre cimetière. Laisser la majorité déterminer les droits d’une minorité? Hum. Répétez à voix haute : je demande à la majorité de décider des droits de… la minorité. Qui va gagner, selon vous?

On parle ici, pourtant, d’une nouvelle manie politicienne. Celle de laisser une majorité (d’électeurs, donc payant) déterminer le sort d’un plus petit groupe, habituellement vulnérable. On l’a fait lors du référendum à Outremont sur les lieux de culte. Idem à Ahuntsic. Et ils sont où, les politiciens, en ces moments névralgiques? Évanouies, les belles promesses du vivre-ensemble. Dans aucun des trois cas d’espèce mentionnés, un quelconque dirigeant politique n’est venu assurer un leadership pourtant nécessaire…

Et pourquoi ce mutisme politicien? De la couardise, essentiellement. Du calcul. Compte tenu du fort volume des haut-parleurs identitaires, on craint de se faire cataloguer comme des «idiots utiles» ou des «islamo-gauchistes», charmantes étiquettes joyeusement étampées par les Djemila Benhabib de ce monde sur tout quidam respectueux des libertés civiles, de l’État de droit, des minorités religieuses. Sympa. Presque autant que les goons de La Meute, des néo-fachos manifestement impliqués dans le référendum en question.

Au risque de confirmer mon éminent statut d’idiot utile, tout porte à croire que la présente consultation revêtait, ô Sherlock, les habits de l’islamophobie. Ceux-là même qu’on tend à recouvrir du tissu, fragile et transparent, d’une prétendue laïcité.

Parce que dans la seule région de Québec, on retrouve des cimetières pour les franciscains, les augustines, les ursulines, les méthodistes, les protestants, les jésuites, les capucins, les Amérindiens et les juifs. À Montréal? Idem pour les juifs, les sœurs grises, les carmélites, les Sœurs de Sainte-Anne, les orthodoxes, les anglicans, les capucins et les Irlandais (merci à l’ami Seymour pour l’info). Et quel était l’un des principaux slogans du camp du NON? Tous égaux devant la mort. Eh ben. Faut croire que certains le sont plus que d’autres.

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