Rolling Stone Justin Trudeau en une du Rolling Stone.

Un politicien qui fait la une du prestigieux magazine Rolling Stone. Pas le Time, pas The Economist. Le Rolling Stone. Celui-là même qui est réservé, d’ordinaire, aux Led Zeppelin, Jim Morrison, Bono et autres mégastars musicales. Le nec plus ultra de tout artiste de la chanson, en somme. Alors un politicien qui en fait la une? Canadien, par surcroît? Hein? Vous imaginez Stephen Harper à cette une? Paul Martin? Jean Chrétien? Kim Campbell? Brian Mulroney? (ok, vous avez compris, j’arrête.)

Et le titre: «Why can’t he be our President?» Quand même. Idem pour le contenu où Trudeau est qualifié «d’étoile du Nord», voire de quasi-sauveur de l’humanité. Juste ça. Les médias sociaux, pour cause, allaient s’enflammer d’eux-mêmes…

Quoi penser de tout cela?

D’abord, que le truc du Rolling Stone confirme ce qu’on savait déjà : Justin est, en un sens, l’équivalent d’une sacrée rock star. Une vedette maintenant internationale qui transcende, sauf peut-être le cas Obama, tout ce qu’on a pu voir jusqu’à maintenant dans la classe politique.

Ensuite, que la popularité du premier ministre est nécessairement à son apogée. Difficile de voir comment ses libéraux pourraient, en 2019, perdre le pouvoir. Andrew Scheer contre Trudeau, vraiment? Not a chance, diraient les Bulgares.

Troisièmement, et ceci constitue la résultante directe du point précédent: qu’en est-il réellement de la vie politique actuelle? Le reportage (complaisant à souhait, par ailleurs) du Rolling Stone n’est-il pas symptomatique de la tendance contemporaine visant à juger strictement les politiciens sur leur personnalité et leurs aptitudes sociales?

En fait, tout semble résider, aujourd’hui, dans ce qu’il est convenu d’appeler la politique-spectacle. Pas que ça n’existait pas avant, bien entendu. Pensons à Trudeau père, pour seul exemple, lequel avait bien saisi les rudiments du vedettariat ou, plus précisément, de la faculté de se mettre en vedette. Une trudeaumanie qui lui a assuré le titre, enviable, de «Kennedy du Canada». Une partie enviable de ce retentissant succès résidait, il va de soi, dans l’image. Mais cela n’a rien, mais rien à voir avec la propension politicienne actuelle à miser pratiquement tout l’argent de l’épicerie sur une seule chose: la forme.

À l’ère des médias sociaux, c’est peut-être normal, direz-vous. Oui et non. Oui, parce que tout politicien se doit invariablement aujourd’hui de jouer le jeu des Facebook, Twitter et Instagram. Non, parce que la population, plus éduquée qu’avant, devrait flairer plus aisément l’arnaque maquillée par l’image et, par la suite, la dénoncer sur ces mêmes médias sociaux, auxquels elle a aisément accès.

Des illustrations d’arnaques? Facile. On connaît tous les messages d’inclusion et d’espoir prononcés par le gouvernement Trudeau face aux Autochtones canadiens. Nommez-moi maintenant une seule mesure concrète à cet effet. Voilà.

Un autre exemple? Ok. Peut-être encore meilleur: les belles paroles quant à la lutte aux changements climatiques. Politiques adoptées depuis l’arrivée du gouvernement libéral en… 2015? Re-voilà.

Conclusion? De plus en plus facile d’endormir sa population à coups de selfies, de vedettariat et autres covers de magazines. En espérant que le bilan éventuellement jugé par l’électorat sera d’un autre ordre. Celui du fond, tiens…

@F_Berard

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