Michelle Siu | La Presse Canadienne Michèle Audette.

Hautes-Laurentides, fin des années 1980. Un climat solidement imprégné de réflexes xénos, voire parfaitement racistes, envers les Autochtones du coin ou d’ailleurs.

Me souviens des parties de hockey contre Maniwaki. Des parents – les nôtres! – qui balançaient les pires insanités aux joueurs adverses, pourtant des enfants.

Me souviens de l’ostracisme, soft ou assumé, subi par ces derniers à la polyvalente.

Me souviens des «blagues», abjectes et toxiques, sur les «Indiens». Celles, par exemple, de «l’humoriste» Yvon Crevé. Dans un spectacle à grand déploiement, celui-ci avait balancé à une foule hilare : «J’ai du sang indien, moé. Ben oui! Juste sur le parechoc de mon truck!» J’ignorais alors les dispositions du Code criminel, notamment celle afférente à la propagande haineuse. Il a de la chance, celui-là.

Me souviens des «analyses» faites lors de la célèbre crise d’Oka. De toute beauté.

Me souviens des commentaires lors de l’échec du lac Meech, provoqué partiellement par Elijah Harper, Autochtone et député.

***

Quelques années plus tard, l’accalmie, en un sens. Pas que la question autochtone fût alors réglée, tant s’en faut. Seulement une pause de ce névralgique enjeu. Une honte, à vrai dire. Parce que parallèlement à cette apathie quasi institutionnalisée se déroulaient, à l’ombre, des événements indignes d’un pays comme le nôtre. Rappelons-nous, pour seul exemple, le mutisme dans lequel s’était blotti un autre Harper lors du scandale des femmes autochtones disparues.

Arrive ensuite le gouvernement Trudeau. Plein de bonnes intentions, comme l’enfer en est apparemment pavé (peux pas jurer, cela dit, suis pas allé voir). De gros shows ici et là, l’adoption d’une pléiade de symboles, et quelques nouvelles mesures à importance variable.

Voilà, en fait, où nous en sommes : la reconnaissance de la problématique autochtone. Un grand pas en avant, évidemment. Du moins si on compare ça aux périodes précédemment discutées. Sauf qu’il manque encore l’essentiel : le concret, le vrai, le tangible. Au-delà des bonnes intentions, calculs et autres selfies politiciens…

Hors ce cirque souvent opportuniste existent, heureusement d’ailleurs, des dirigeants aussi pragmatiques qu’idéalistes. Qui, après avoir identifié un problème X, s’affairent à la planche à solutions.

Un exemple? La Faculté de science politique et de droit de l’UQAM a récemment mis sur pied un programme intensif intitulé «La gouvernance autochtone au féminin», établi conjointement avec l’organisation Femmes autochtones du Québec (FAQ). Les cours sont donnés par diverses leaders de la communauté autochtone et s’inscrivent dans la foulée de la Commission de vérité et réconciliation, laquelle incite les universités canadiennes à contribuer davantage à la cause des Premières Nations.

Alors que seulement 7 des 45 chefs autochtones du Québec sont actuellement des femmes, le programme visera notamment à assurer un historique de la gouvernance autochtone au féminin et à transposer le savoir de ces femmes dans des fonctions dirigeantes.

Alors voilà. Du concret. Des effets à court, moyen et long terme. Chapeau bas aux instigatrices Josée-Anne Riverain, Isabelle Picard, et au doyen de la faculté en question, Hugo Cyr, lesquels possèdent une combinaison des plus rarissimes: intellectualisme et pragmatisme. Enfin du leadership. Du vrai.

@F_Berard

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