J’éprouve, je l’ai déjà écrit ici, un respect et une affection profonde pour une des deux Brutes, Judith Lussier. Mais je connaissais peu sa complice des 400 coups Lili Boisvert. Je l’ai rencontrée sur un plateau de tournage, et ensuite un autre, j’ai alors pu glaner, un tant soit peu, la portée du combat menée par celle-ci. La lecture de son dernier bouquin, Le principe du cumshot, fait recouvrer la vue aux myopes, voire aux aveugles. Superbement rédigé, propos intelligents et posés, revendicateurs mais soutenus.

Questions et réponses avec elle:

Le caractère parfois subjectif des questions abordées vient-il potentiellement plomber la valeur méthodologique de vos hypothèses?
La démarche est journalistique, pas scientifique. Par contre, mes constats sont appuyés par des études. Mais je ne peux pas tout défendre scientifiquement, parce qu’il y a un déficit d’études. Ce que je dis n’intéresse pas nécessairement encore beaucoup les chercheurs, mais j’espère que ce sera le cas bientôt, et que ça me permettra d’appuyer tout ce que je dis dans le livre! Ha ha!

Quelle valeur doit-on accorder à la campagne «Sans oui, c’est non!»?
Ça a lieu d’être. Par contre, le slogan laisse penser que le consentement verbal est la seule option possible, et je ne suis pas fan de cette idée parce que ça peut aussi être non verbal. La notion de consentement, c’est super important, mais pour que la sexualité ne devienne pas non plus un champ miné, ce qu’il faudrait maintenant introduire, c’est la notion de réciprocité.

Le slutshaming, dont vous discutez largement, semble révéler un paradoxe marqué: la femme sera, par l’un ou l’autre des camps, jugée. Possible de s’en sortir?
Il faut dédramatiser le corps féminin. Il faut se défaire une fois pour toutes de notre mentalité judéo-chrétienne patriarcale et cesser de voir le corps des femmes comme étant fondamentalement sexuel et obscène. Présentement, l’obsession collective qu’on entretient pour le corps féminin, c’est une forme de contrôle social.

Vous parlez de subjectification de l’homme, par opposition à l’objectification de celui-ci. Que penser ainsi des campagnes marketing glorifiant le corps masculin?
L’objectification est un concept galvaudé. On l’accole à un peu n’importe quoi, dès qu’une image montre de la sexualité. Mais le désir, ce n’est pas «de l’objectification». Tout dépend du contexte. Et les images d’hommes sexy, comme dans le calendrier des pompiers, surviennent dans un contexte où les hommes dominent les lieux de pouvoir et les tribunes dans la société. Ainsi, lorsqu’on est exposé à des images d’hommes sexualisés, on continue de ne pas voir les hommes comme des objets, mais bien des sujets. De plus, dans l’image du pompier, c’est la puissance et l’héroïsme masculin qu’on est appelé à désirer. C’est très différent de la sexualisation de la secrétaire ou de l’étudiante dans la porno, par exemple. Ce qui est érotisé chez la femme, c’est précisément son caractère subalterne. Les hommes sont subjectifiés parce qu’on ne les réduit pas à leurs corps, même lorsqu’on expose et désire leur corps. C’est ce qu’on devrait faire avec les femmes aussi.

***

Voilà. À lire. Particulièrement par les hommes. Vous gueulerez, le cas échéant, après coup. Pas avant.

Aussi dans In Libro Veritas :

Nous sommes présentement en train de tester une nouvelle plateforme de commentaires sur notre site web. Grâce à Facebook Comments, vous pourrez laisser vos commentaires par l’entremise de votre compte Facebook directement sous les articles sur notre site web. Pour ceux qui ne sont pas membres du réseau social, nous vous invitons à faire vos commentaires via l’adresse courriel opinions@journalmetro.com. Merci de nous lire!