Josie Desmarais

À la suite d’une enquête menée par le journaliste Thomas Gerbet, de Radio-
Canada, on apprenait quelques histoires assez juteuses sur les relations entre le maire sortant et les médias, fonctionnaires et autres élus. Des trucs assez cutes merci. Comme celle de balancer à un jeune journaliste: «On va suivre ta carrière de près.» Dans le sens intimidation du terme, bien entendu. De toute beauté et, surtout, du grand Coderre.

Probablement sans réaliser l’ironie de sa boutade, le maire sortant allait réagir à l’enquête en question en répliquant, haut et fort: «C’est-tu une dépense électorale pour mes adversaires?» De l’intimidation, moi? Ben voyons…

Pas une surprise, disions-nous. Parce que la carrière politique de ce dernier – son seul fait d’armes professionnel, excluant un passage controversé à titre de vice-président de Groupe Polygone – est assurément teintée d’un style autant populiste que bully. Parce qu’autant Coderre adore donner des coups, autant il déteste en recevoir. S’ajoute à cela une propension marquée au contrôle total de l’information. Notamment parce qu’il en connaît, voire exagère, l’importance. Il m’a déjà lancé, au début des années 2000: «Bérard, l’information, c’est le pouvoir. Rien d’autre.» Voilà qui était dit. Et qui résumait le socle de sa carrière politique.

Un ami journaliste me racontait récemment que la directrice des communications du maire sortant l’appelait de temps à autre pour se plaindre d’un fait assez particulier: après avoir compté le nombre de mots précis d’un texte donné, il était simplement injuste, pratiquement odieux, que l’espace consacré aux adversaires soit supérieur à celui réservé à son patron. Compter-le-nombre-de-mots.

On se rappelle aussi toute la saga entourant le scandale des commandites, où ses liens d’amitié avec certains des acteurs impliqués avaient amené les médias à enquêter de manière sérieuse. On avait ainsi déniché certaines perles, notamment les séjours de Denis Coderre au condo de Claude Boulay, ou encore les contrats, juteux, obtenus par le même Groupe Polygone (poursuivi depuis au civil).

Durant la tempête, l’ex-ministre Coderre (Paul Martin l’avait dégommé en raison de soupçons à son endroit) allait un jour s’énerver en bonne et due forme. Au point de balancer au journaliste Daniel Leblanc, lequel l’interrogeait sur l’histoire du condo de Boulay, cette nouvelle perle: «On a des moyens au gouvernement. Qu’est-ce que les journalistes diraient si la GRC mettait le nez dans leur vie privée?» Il y a trois noms, pour ce type de propos: chantage, intimidation et menace.

Certains y voient, de toute évidence, une simple question de style. Pas moi. Un élu qui menace un membre des médias de lui balancer la police aux fesses? Vraiment? Simple affaire de style?

Récidiviste, Coderre allait notamment en rajouter une couche bien épaisse avec l’histoire de Patrick Lagacé. Déjà oubliée? Faudrait pas. Parce qu’il en va, me semble bien, de la vigueur de notre liberté de presse. Et qui dit liberté de presse, dit démocratie et État de droit. Juste ça.

@F_Berard

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