Toute cette histoire semble sortir tout droit d’un (mauvais) thriller politique. Un député, ex-flic par surcroît, arrêté par l’UPAC. Il s’apprêtait, de son aveu même, à rendre public un stratagème de corruption impliquant simultanément cette même UPAC et l’Autorité des marchés financiers (AMF). Cette version est soutenue par l’autre personne arrêtée dans la présente affaire, soit Annie Trudel, ex-analyste au ministère des Transports.

Le stratagème serait, grosso modo, le suivant: depuis 2013, toute entreprise souhaitant soumissionner quant à quelconque contrat public doit, au préalable, détenir l’autorisation formelle de l’AMF. Une division de l’UPAC s’assure ainsi de la probité de l’entreprise en cause, et les résultats de son enquête sont ensuite soumis à l’Autorité pour la bénédiction suprême. Le problème? Que l’AMF référerait les entreprises déchues à une firme de consultants privés afin de les «aider» à appliquer les recommandations de l’organisme. Conflit d’intérêts patent, donc, auquel s’ajoute une autre donne majeure: la firme ainsi privilégiée facturerait des frais exorbitants, entre 600 000$ et 1M$.

Sans surprise, ces allégations sont niées avec véhémence par l’AMF, celle-ci y voyant une atteinte sans équivoque à sa réputation*. Faut dire, à sa décharge, que peu ou pas de preuves ont été soumises par la dénonciatrice Trudel, celle-là même qui avait vu l’essence de ses allégations d’irrégularités graves au ministère des Transports être rejetée par le Vérificateur général, cet été.

L’UPAC, de son côté, plaide le sérieux de son enquête, confirmé notamment par l’obtention d’un mandat de perquisition octroyé par le pouvoir judiciaire. Son grand patron, Robert Lafrenière, se dit convaincu que des accusations formelles seront éventuellement déposées en l’espèce. Il nie du même coup avoir voulu intimider le député Ouellette, comme l’affirme ce dernier. La manœuvre, aux dires de Lafrenière, constituait non pas «un piège, mais un appât»**.

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Bon. Quoi penser de tout ça? Deux choses l’une, à laquelle s’ajoute une certitude: soit Ouellette et Trudel disent vrai, soit ils disent faux. Pas mal ça. On verra.

Et la certitude? Celle-ci: dans tous les cas de figure, l’UPAC est en conflit d’intérêts. Et pas juste un peu. À fond la caisse. Tu a des motifs de croire qu’un député et fonctionnaire sont sur le point de couler des informations de corruption à ton endroit et tu… les arrêtes? Que tu aies ou non un truc à te reprocher est parfaitement impertinent. Parce que dans ces deux cas de figure (i.e. que tu sois blanc comme neige ou non), c’est bien de toi dont il est question. Conflit d’intérêts plus que classique, donc. Pas trop sorcier à comprendre.

Visiblement ébranlé par l’histoire, le premier ministre Couillard a laissé entendre à la pertinence d’un éventuel comité de surveillance pour l’UPAC. Avec respect pour le chef du gouvernement québécois, je lui soumettrais que ce même comité existe déjà. Deux fois plutôt qu’une, d’ailleurs. On les appelle pouvoir judiciaire et Sûreté du Québec.

Dans le premier cas, s’il est vrai que l’UPAC a obtenu un mandat de la Cour, nous le saurons bien éventuellement. Et il est à souhaiter que Lafrenière ait dit vrai. Dans le cas contraire, plaidons pour un congédiement manu militari.

Dans le deuxième cas, celui de la Sûreté du Québec. C’est elle qui, le cas échéant, aurait dû être en charge du dossier Ouellette et Trudel. Pas l’UPAC. Cela dit, un nouveau problème de conflit d’intérêts, Houston. Ce même Lafrenière est le beau-père de Martin Prud’homme, grand boss de la… SQ (pour laquelle travaille aussi sa conjointe).

Sérieux? Mais vous le faites exprès? Personne n’avait vérifié ceci avant les nominations en question? Mais de quoi avez-vous peur?

Ah oui, c’est vrai. Lafrenière a été reconduit dans ses fonctions après avoir fait arrêter l’ex vice-première ministre libérale Normandeau le jour du budget. Impossible ensuite pour le gouvernement Couillard de lui montrer la porte. Brillant stratège, le Lafrenière. Sauf qu’on appelle ça, encore une fois, être en…conflit d’intérêts. Une véritable manie.

*Espérons maintenant que l’AMF soit dorénavant elle-même plus sensible à l’atteinte à la réputation d’autrui, notamment aux suites d’allégations coulées dans les médias.

**Un peu comme le maire Coderre qui plaidait que les 25 000$ reçus pour défrayer ses honoraires d’avocats étaient un «don» et non un «cadeau». Souhait pour Noël: que chaque dirigeant reçoive, à même nos taxes, un dictionnaire des synonymes.

F_berard@twitter.com

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