L’inspecteur viral est loin d’être le seul à sensibiliser les internautes aux dangers de la désinformation sur le web.

Il n’est donc pas surprenant que les petits comiques qui font circuler des faux trucs s’adaptent au fait que les médias (et les internautes, osons-nous espérer) fassent plus attention à la vérification des informations balancées en ligne.

Mais voilà que l’inspecteur est tombé sur un nouveau site de fausses nouvelles qui met le paquet pour tromper même les internautes les plus avertis. C’est irréel. C’est l’équivalent de la bactérie résistante aux antibiotiques, mais pour la désinformation en ligne.

Comme disait l’autre, «la game vient de changer».

L’histoire de Harambe McHarambeface a créé tout un émoi en début de semaine. Selon plusieurs médias, un zoo en Chine aurait décidé de permettre aux internautes de nommer son nouveau gorille. Bien sur, l’internet étant ce qu’il est, les farceurs ont vite fait d’usurper la démarche, et le nom retenu par le sondage en ligne est «Harambe McHarambeface», au grand dam du zoo.

Après que l’histoire soit devenue virale, plusieurs sites ont trouvé l’histoire louche. En premier lieu, le site qui a parti l’histoire a été créé… vendredi passé. Pour un «média» se disant la meilleure source d’informations de Boston depuis 1932», c’est curieux. Après avoir fait quelques vérifications, comme l’a fait Buzzfeed, on se rend compte assez vite que l’histoire est un canular.

Mais en voyant le site en question, l’inspecteur comprend que plusieurs médias se sont fait avoir.

S’il y a une chose qu’on puisse dire à propos des sites de fausses nouvelles, c’est qu’ils sont paresseux. Les fautes d’orthographe pullulent. La source des photos empruntées est facile à vérifier. On voit souvent un avertissement comme quoi il s’agit d’un site «satirique». Puis, en voyant les autres articles sur le site, on comprend que toutes les histoires mises de l’avant sont abracadabrantes.

Ce n’est pas le cas pour le site qui a créé l’histoire de Harambe McHarambeface.

Regardez ça!

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Ça a l’air sérieux. La page principale du site met de l’avant toutes sortes d’histoires locales de Boston. Il n’y a rien d’abracadabrant qui saute aux yeux.

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Ça a l’air legit, vraiment.

Quand on clique sur les autres articles, on peut lire deux ou trois lignes, puis le site nous informe qu’on a atteint le quota d’articles gratuits par mois qu’on a le droit de consulter. Encore là, rien de louche, plusieurs quotidiens ont de telles limites.

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Si on clique pour s’abonner, le site affirme que le système est en panne.

Vous voyez le stratagème? Les autres articles n’existent pas. Mais on offre une excuse plausible pour qu’un journaliste ne puisse pas vérifier le type de contenu qui apparaît sur la page. De plus, il faut trois ou quatre clics pour se rendre là, ce qui est nettement plus que ce que la plupart des internautes seraient prêts à faire pour vérifier la fiabilité d’un site.

Pour quiconque fait une vérification de base, c’est une illusion presque parfaite.

Et ça, c’est sans parler de la fausse nouvelle de Harambe McHarambeface. L’article est très bien écrit. Les sources d’information sont mentionnées. Il y a des citations. La structure se tient. En fait, l’inspecteur suspecte qu’il pourrait s’agir du travail d’un ancien journaliste ou du moins d’une personne qui a une très bonne connaissance de la méthode journalistique.

On a même pris soin de mentionner dans la légende que la photo est une «photo d’archives», ce qui barre la route à quiconque voudrait démentir l’histoire en vérifiant la provenance de la photo. Le moindre détail est là pour tromper.

En d’autres mots, c’est une supercherie qui ferait rougir d’envie les meilleurs faussaires. En deux ans, jamais l’inspecteur n’a vu une fausse nouvelle aussi bien ficelée. La personne qui a créé cette fausse nouvelle y a mis 10 fois plus d’efforts que la vaste majorité des autres sites du genre.

En fait, la seule indication qu’il s’agit d’un site de fausses nouvelles apparaît dans la section «mentions légales», où, au beau milieu d’un texte en langage légal que personne ne voudra parcourir, on peut lire: «Nous n’offrons aucune garantie quant aux informations contenues sur ce site». Les journalistes sont fiers de leur travail, et bien sûr ne s’offrent pas de porte de sortie légale de la sorte pour pouvoir mettre de l’avant des fausses informations.

Oh, en passant, on a même écrit que ladite note légale a été mise à jour en 1996! L’attention aux détails est ahurissante.

L’inspecteur ne sait pas quoi dire. Il critique souvent les internautes (et les médias) pour leur manque de rigueur et leur crédulité, mais ça… c’est d’un tout autre niveau.

On ne se cache même plus derrière la «satire», comme d’autres sites. C’est du mensonge éhonté et bien construit pour aller chercher le maximum de clics.

Est-ce le signe d’une nouvelle époque, d’une nouvelle évolution dans le modèle d’affaires des sites de fausses nouvelles? L’inspecteur espère que non.

Parce que, si oui, les médias sérieux de ce monde devraient aller s’acheter un flacon de Tylenol: des maux de tête sont à prévoir.

L’inspecteur viral a envoyé un courriel aux administrateurs du site, mais n’a pas encore obtenu de réponse. Une mise à jour sera effectuée s’il y a lieu.

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