Il fallait s’y attendre, l’épidémie de microcéphalie en Amérique du Sud s’accompagne de plusieurs théories du complot, cherchant à prouver que ce n’est pas le virus Zika qui est coupable, mais plutôt toute une ribambelle de gros méchants, allant des moustiques génétiquement modifiés (faux) aux vaccins (archi-faux).

La dernière cible de ces théories: Monsanto, géant de l’agrobusiness et candidat #1 pour le rôle de corporation méchante dans le prochain film Robocop.

En effet, plusieurs articles ont tissé un lien entre l’entreprise et la microcéphalie dans les derniers jours, alors qu’un rapport accablant publié par des médecins brésiliens jetait plutôt le blâme sur le pyriproxyfène, un insecticide utilisé au Brésil pour tuer les moustiques.

«Virus Zika : Un produit de Monsanto suspecté d’être à l’origine des cas de microcéphalie», pouvait-on lire dans un article.

«Virus Zika : les malformations pourraient venir d’un insecticide Monsanto», pouvait-on lire dans un autre.

L’inspecteur viral adore les fausses nouvelles qui sont si faciles à démentir. Pourquoi?

Parce que Monsanto ne produit pas de pyriproxyfène. Elle ne produit même pas de larvicide de ce genre. Oups.

L’insecticide en question est plutôt produit par l’entreprise japonaise Sumitomo. Oui, l’entreprise entretient certains liens d’affaires avec Monsanto, mais de là à dire qu’il s’agit d’un produit de Monsanto, c’est comme dire que le CSeries de Bombardier a été produit par Hydro-Québec, puisque l’entreprise lui achète de l’électricité.

Mais bon, certains resteront bien sûr sceptiques (on parle de Monsanto, après tout). Alors qu’en est-il de ce fameux rapport? Quelques gros problèmes:

1) Le rapport en question n’est pas une étude scientifique. Le rapport souligne que les endroits où on a utilisé l’insecticide en question sont ceux où on voit la plus grande concentration de cas de microcéphalie. Le papier émet une hypothèse, basée sur des données géographiques, mais il n’y a pas eu d’études de cas pour la vérifier. Ce n’est donc pas un papier scientifique. De vraies études scientifiques, elles, semblent établir un lien entre le virus et les microcéphalies, mais cela reste à confirmer (c’est comme ça que la science fonctionne). Le directeur de la lutte contre les maladies du ministère de la Santé de Pernambouc, au Brésil, George Dimech, fait d’ailleurs savoir que la ville brésilienne où on trouve le plus de cas confirmés de microcéphalie, Recife, n’utilise pas le pyriproxyfène.

2) Le rapport cite L’Association brésilienne pour la santé collective (ABRASCO), mais ces derniers réfutent ses conclusions. Dans une déclaration à la BBC en portugais, ABRASCO rejette du revers de la main les conclusions du rapport. «À aucun moment nous avons indiqué que des pesticides, des larvicides ou autres produits chimiques sont responsables de l’augmentation du nombre de cas de microcéphalie au Brésil, peut-on lire. Un scénario incertain comme celui-ci provoque l’insécurité dans la population et est un terrain fertile pour la diffusion de mensonges et de contenu sans aucune base scientifique. ABRASCO condamne un tel comportement, qui abuse de l’angoisse et de la souffrance du peuple dans une situation des plus vulnérables, et nous invitons les chercheurs et les médias à faire preuve de prudence.»

3) La communauté scientifique n’est pas d’accord avec les conclusions du rapport. Trois scientifiques ont réagi au rapport sur le site Scimex, une plateforme australienne de vulgarisation de la science pour les journalistes (Quelle bonne idée! Pouvons-nous avoir on truc semblable au Canada?).

Voici la réaction du Dr Ian Musgrave, de la faculté de médecine à l’École de sciences médicales à Adélaïde, en Australie. «Le pyriproxyfène agit en interférant avec le cycle hormonal de croissance des insectes, de l’éclosion au stade de larve et à celui de pupe. Ce système hormonal n’existe pas dans les organismes vertébrés comme les humains, et donc le pyriproxyfène a une toxicité très faible.»

Et voici Andrew Batholomaeus, toxicologue à l’école de pharmacologie de l’université de Canberra, en Australie: «Les études menées sur des rats et lapins ont démontré que le pyriproxyfène n’a pas d’effets nocifs sur la reproduction ou le développement à des doses allant jusqu’à 100 mg par kg de masse corporelle par jour. Cette dose serait équivalente à une femme moyenne qui consommerait 6g de cet insecticide par jour. La limite acceptable quotidienne d’ingestion de cet insecticide déterminé par l’OMS est 100 microgrammes par kg de masse corporelle par jour sur toute la vie. Cela équivaut à 6 mg par jour pour une femme moyenne», affirme-t-il, avant d’illustrer que la limite établie par l’OMS est de 10 microgrammes par litre d’eau, ce qui donnerait une dose quotidienne de 20 microgrammes, ce qui veut dire que la dose ingérée par les Brésiliens est 300 fois plus faible que la limite sécuritaire.

Alors voilà.

Les causes de l’épidémie de microcéphalie ne sont pas encore connues, mais ça ne sert à rien de paniquer avec toutes sortes de théories du complot.

Sauf si on veut exploiter la panique pour faire avancer son agenda anti-pesticide. Ah bon.

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