Télé-Québec / Capture d'écran Peter MacLeod aux Francs-tireurs

Mercredi, les Francs-tireurs recevaient Peter MacLeod en entrevue. Spécifiquement Richard Martineau a discuté longuement avec l’humoriste au lendemain des controverses soulevées par son nouveau spectacle.

Tout d’abord, chapeau à l’équipe qui attaque la question de front. On lance l’entrevue avec ça, mais, en même temps, on donne de la corde à MacLeod et, maladroit, il se pend avec. Tout bêtement, avec le sourire.

Je le cite, ici, à propos de son gag sur les «Chinois qui conduisent mal» pour illustrer mon point :

Mais oui j’ai le droit de dire ça. Dans l’histoire de l’humanité, les humoristes sont le miroir de la société pis, ben oui, ça arrive souvent que ça va mal sur la route pis tu arrives à côté de l’auto et c’est une madame chinoise. Pis c’est ça, c’est juste drôle. C’est pas d’être raciste.

Ça, c’est la pointe de l’iceberg.

Il poursuit ensuite sur la génétique des noirs et il se justifie en disant que ça vient d’un bon endroit, que c’est pour rire et que dans son entourage ça ne provoque pas de montée raciste.

Et il est là le problème.

Peter MacLeod prend la parole publiquement, au quotidien à la radio, dans son spectacle, dans cette entrevue, et il ne prend pas la peine d’élargir son horizon au-delà de son entourage, de son nombril, de sa réalité.

Dans le quotidien de MacLeod, une petite madame chinoise qui ne voit pas la route, c’est drôle. Pourquoi? On ne le saura probablement jamais, mais c’est drôle – surtout pas raciste.

C’est aberrant.

L’entrevue des Francs-tireurs a aussi parlé de sa vie privée, de son célibat et de sa vie après un accident presque mortel. C’est bien, on découvre un peu l’homme derrière les «jokes de mononcles» et on l’entend aussi s’expliquer sur ses positions dans l’affaire de Mike Ward cette année.

Tout ça, c’est bien, mais quand un humoriste, ou un comédien, ou un politicien, dit des énormités d’une étroitesse d’esprit absolument déconcertante, est-ce qu’on devrait lui enlever le droit de parole?

MacLeod avoue en avoir plein son casque de la liberté d’expression dans cette entrevue, elle devient trop contraignante et la ligne sur laquelle il doit marcher est trop mince. Mais, cette «ligne», celle du respect de l’autre, n’est problématique que pour ceux et celles qui ont des idées réductrices envers les autres.

Il est là le problème.

MacLeod l’humoriste revendique son droit de dire ce qu’il veut, comme il veut, parce que pour lui ce n’est pas problématique. Mais ce qu’il dit, ses blagues réductrices et racistes, elles existent à l’extérieur de son monde et il alimente la bête même si c’est «un bon Jack» de son propre aveu.

Alors, on la trace où la ligne qui est si contraignante pour les humoristes de la trempe de MacLeod?

Ma suggestion : on utilise la ligne pour les rayer complètement de la place publique. Parce que si MacLeod revendique le droit de dire ce qu’il veut sur scène, nous avons le droit en tant que société de refuser sa proposition si elle ne fait pas l’effort de regarder plus loin que son nombril.

La société change, l’humour change et les gens, espérons-le, vont changer et s’ouvrir à l’autre. Si MacLeod veut s’adapter, il est le bienvenu, mais des blagues comme celles sur la conduite des Chinois, ou encore une «soirée de filles» à Juste pour rire, ben c’est non. Rien de moins.

Ça fera les mentalités rétrogrades qui ont encore beaucoup trop de poids dans notre paysage culturel.

L’entrevue se visionne dans la zone vidéo de Télé-Québec |

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