Je dois le mentionner tout de suite: je n’ai pas d’enfant (pas encore) et je n’ai pas la prétention d’indiquer aux parents comment élever les leurs. Passer notre temps à prodiguer des conseils non-sollicités aux parents qui nous entourent, c’est wrong. Par contre, puisque j’approche la fin de la vingtaine et que les bébés commencent à apparaître dans mon entourage aussi vite que les feuilles dans les arbres depuis une semaine et demie, j’ai constaté quelque chose. On invente une vie amoureuse à de très jeunes enfants, voire des poupons, et on se fait pratiquement des scénarios sur leur future sexualité. C’est répandu, tout le monde le fait – ou l’a déjà fait – et je suis incluse là-dedans. Mea culpa. Maintenant, je vous explique:

«Regarde-le, y’est tu assez beau! Il va en briser des cœurs, lui, dans quelques années.»

Le «il» est un bébé de quelques jours seulement. Alors que tout ce qu’il sait faire c’est dormir, pleurer, téter et remplir sa couche, on se l’imagine déjà en tombeur. D’ailleurs, pourquoi voudrait-on que notre garçon brise des cœurs? On n’a pas davantage envie qu’il soit gentil et empathique avec les autres garçons et filles qui feront partie de sa vie? Je sais que dire qu’il va briser des cœurs, c’est une expression. Mais pour la première fois, cette phrase banale qu’on a entendue des tonnes de fois m’a dérangée. Peut-être parce qu’elle concernait mon filleul tout neuf, que je n’ai pas envie de l’imaginer comme un tombeur en série et que je souhaite plutôt qu’on le laisse être un bébé qui dort, qui pleure, qui tète et qui remplit sa couche, tout simplement.

Un bébé fille va bientôt naître dans mon entourage et, en parlant de cette petite et de mon filleul, quelqu’un a dit «Ah ben! Ça va faire un beau couple ces deux-là!» J’ai grincé des dents encore. Le bébé n’est pas encore né qu’on lui assigne déjà une orientation sexuelle et même un partenaire! Certains me diront que c’est une phrase anodine, que tout le monde fait ce genre de commentaires depuis toujours et que ça ne veut pas dire grand chose. Mais alors pourquoi le faire? Ce n’est pas parce qu’on a toujours fait quelque chose que c’est la bonne chose à faire, et ce n’est pas parce qu’on l’a toujours fait qu’on ne peut pas arrêter de le faire.

Je ne suis pas une sainte, je ne détiens pas la vérité absolue et je ne traite pas d’idiots tous ceux qui ont déjà dit d’un enfant qu’il ou elle allait pogner à l’école plus tard. Seulement, j’y ai réfléchi et j’ai envie de briser le cycle. J’ai envie de laisser les enfants être des enfants. Je veux les laisser s’amuser sans penser à se matcher. Je veux qu’ils grandissent et qu’un jour ils découvrent eux-mêmes qui ils sont et qui ils aiment, sans leur mettre de la pression. Arrêter d’inventer une vie amoureuse aux enfants, pour moi, c’est logique. Pour vous, je ne sais pas, mais j’avais envie de vous inviter à y penser.

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