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Les personnages de la Courte Échelle et leurs auteurs ont été de véritables vedettes lorsque j’étais à l’école primaire. Les histoires d’Ani Croche, de Rosalie et de Sophie m’ont donné le goût de lire. Puis j’ai dévoré les Harry Potter, la trilogie À la croisée des mondes et des tas d’autres romans. Il y a quelque chose de simple avec la lecture quand on est enfant: c’est qu’il est facile d’aimer lire quand on ne nous oblige pas à le faire. C’est dommage parce qu’avec le temps, l’école tue la lecture.

Même les rats de bibliothèque du primaire qui mettaient presque juste des bouquins sur leur liste de cadeaux de Noël perdent un peu le plaisir de lire quand ils arrivent en secondaire 4 et qu’ils doivent répondre à un questionnaire exhaustif après chaque chapitre de Germinal d’Émile Zola. Disons qu’en finissant de lire dix pages qui font uniquement la description visuelle d’une mine de charbon… un adolescent de 16 ans ne considère clairement pas la lecture comme un grand divertissement et il risque d’avoir pas mal moins envie d’aller se chercher un roman de plus à lire pour le fun.

Évidemment, je comprends le caractère éducatif des livres qu’on nous impose dans un cadre scolaire et je ne suis pas contre le concept, je ne crie pas à la réforme. Mais il reste qu’au secondaire, au cégep et même à l’université, les lectures personnelles, celles qu’on choisit par pur plaisir, se font rares et parfois même inexistantes. J’ai eu cette réflexion quand, plus d’un an après avoir terminé mon bac, je me suis acheté un roman parce que j’avais envie de recommencer à lire. J’avais l’impression de n’avoir rien lu pendant plus de dix ans puisque les lectures que j’avais faites m’avaient toutes été prescrites à l’école. Lire pour lire, tout simplement, je ne savais plus ce que c’était.

Je suis à peu près certaine que les jeunes d’aujourd’hui (je viens d’utiliser l’expression «les jeunes d’aujourd’hui», je me transforme en ma grand-mère… HELP!) connaissent le même désintéressement pour la lecture. Avec les réseaux sociaux et l’emprise qu’ils exercent sur leur emploi du temps, il y a même de fortes chances que ce soit encore plus marqué qu’il y a dix ou quinze ans. Mais, alors que beaucoup de gens les critiquent ou les attaquent, il y a des gens que je vois comme les potentiels sauveurs de la lecture: les influenceurs. Ces youtubeurs, blogueurs, chroniqueurs et animateurs ont été nombreux à publier des livres dans la dernière année, souvent des biographies agrémentées d’humour ou de trucs pratico-pratiques. Leur public est majoritairement constitué de jeunes entre la préadolescence et le début de l’âge adulte, c’est-à-dire exactement le groupe qui considère la lecture comme un fardeau.

Qu’on soit en accord ou pas avec le phénomène des influenceurs, il faut être de bien mauvaise foi pour cracher sur les livres qu’ils publient. «Ouin, mais c’est pas des auteurs! Franchement!» Peut-être pas, en effet, mais s’ils peuvent donner aux jeunes le goût de se rendre à la librairie ou à la bibliothèque, de prendre un livre et de le découvrir par pur plaisir, on ne peut que les applaudir. Les ados qui ont eu envie de brûler leur exemplaire de Maria Chapdelaine après l’examen de français pourraient donner une autre chance à la lecture grâce à leur youtubeuse préférée, et même supplier leurs parents de les emmener au Salon du livre pour la rencontrer.

Les bouquins que publient les vedettes du web ne sont certainement pas tous bons, mais s’ils réussissent à convaincre les jeunes que lire (et peut-être même écrire) c’est cool, serait-il fou de dire que les influenceurs peuvent sauver la lecture?

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