THE CANADIAN PRESS Carey Price.

La semaine de Canadien est moins pire que la précédente; n’empêche, y’a matière à capoter parce que le seul vrai journaliste sportif, Martin Leclerc, a encore fait ses devoirs pour accoucher d’une statistique hallucinante : Canadien doit remporter cinq matchs sur huit lors des neuf prochaines tranches de huit matchs afin d’espérer faire les séries. En gros, Canadien est mort. Reste à attendre le printemps pour l’enterrer.

Parlant de la mort, je pense justement avoir trouvé le problème principal de Canadien en ce moment : c’est qu’il n’a pas conscience de sa propre mort et, du coup, il ne sent pas l’urgence de vivre et ne fait que profiter de la vie (parlez-en à Galchenyuk) avec sa grosse argent.

Or, depuis que des philosophes comme Michel de Montaigne et Vladimir Jankélévitch se sont intéressés à la question de la mort, on sait que c’est la conscience qu’a l’humain de sa mort qui fait naître sa créativité et qui fait en sorte qu’il veut se rendre utile pour pallier l’absurde de son élimination prochaine, dirait Camus.

En ce moment, toutefois, Canadien ne veut pas entendre parler de sa mort. Il fait du déni et souhaite construire sur la victoire de mardi, même s’il est presque condamné. On le comprend, d’autant plus que la mort est cette expérience de l’impensable et qu’à son sujet, on ne peut rien dire qui vaille, puisqu’on ne sait pas ce qu’elle est vraiment. Le plus nono dans cette affaire, c’est que, lorsqu’on l’expérimente et qu’on est raide mort sur notre lit de mort, on n’est plus en mesure d’en parler. C’est un peu comme si on demandait à Claude Julien de nous livrer ses commentaires d’après-match au sujet du match à venir. C’est impossible.

Les fins connaisseurs de la littérature philosophique rétorqueront que Vladimir Jankélévitch a tout de même pondu un ouvrage de 500 pages sur la mort pour dire qu’il n’y a rien à dire sur elle, outre le fait qu’elle est déterminante. C’est beaucoup de papier gaspillé pour une idée qui rentre dans un tweet. Ça me fait d’ailleurs penser à Canadien. Y’a vraiment jamais rien à dire à son sujet, et pourtant, on ne cesse d’en parler et d’écrire de longs articles (souvent avec des fautes dedans, d’ailleurs).

Donc, Canadien doit-il continuer de feindre qu’il n’est pas condamné à mourir ou plutôt parler de sa mort à venir, histoire d’en prendre conscience et de travailler à réinjecter du mystérieux dans son jeu?

En fait, le véritable problème, c’est que, contrairement à l’humain moderne, l’organisation de Canadien survivra aux individus qui la composent. Autrement dit, Canadien se croit assuré d’être postmortel, ce qui est le rêve des transhumanistes, et sa mort est pour lui un dossier clos.

Conséquence : il se sacre de tout. Alors que jadis, Canadien était sacré.

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